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Le Chargeur · n°256 · 21 janvier 2026

La guerre est déclarée

Le chiffre de la semaine

8 C’est le nombre de pays (Danemark, Norvège, Suède, France, Allemagne, Royaume-Uni, Pays-Bas et Finlande) ciblé par Donald Trump tant que celui-ci n’aura pas obtenu un “deal” au Groenland.

Le mot de la semaine

« Tous les indicateurs dont nous disposons montrent que le consommateur reste résilient et en pleine forme. » Alastair Borthwick, CFO de Bank of America, à propos de l’humeur des consommateurs américains dans une période d’incertitude économique et géopolitique.

Un canal, beaucoup de questions

Rien de nouveau sous le soleil, comme le dit L’Ecclésiaste … ou presque ! En matière de taux, la situation sur les principales routes maritimes est largement comparable à la semaine précédente . Sur l’axe Asie–Europe, l’effet d’anticipation lié au Nouvel An chinois maintient une forte tension sur les capacités , malgré quelques signaux de détente tarifaire en fin de mois. Après six semaines consécutives de hausse, les taux spot amorcent donc une légère stabilisation . Ceci étant dit, ils restent nettement supérieurs aux niveaux de fin 2025. À l’inverse, les services déployés sur la route transpacifique peinent à soutenir les hausses tarifaires qui avaient été prévues : les taux vers la côte ouest des États-Unis reculent de près de 10 %, et de 7 % vers la côte est, traduisant un déséquilibre persistant entre une offre en progression et une demande toujours faible, fragilisée par l’effet retard des surtaxes douanières et, surtout, une consommation hésitante , quoi qu’en disent les principaux acteurs de l’économie américaine. À plus long terme, les taux pourraient connaître de nouveaux ajustements. En annonçant le retour de certains de leurs services par Suez, Maersk, qui avait jusqu’ici été l’une des compagnies les plus prudentes, marque une inflexion significative dans la gestion du risque géopolitique . Après plusieurs semaines d’expérimentation discrète, cette reprise se fait à travers des services hors alliances, sur des navires de plus petite taille , ce qui est caractéristique d’une approche encore prudente. Toutefois, si cette dynamique venait à s’accélérer et à s’étendre à l’ensemble des armateurs, elle pourrait libérer entre 6 et 8 % de capacité mondiale , en réduisant les temps de transit et les besoins en navires. Une telle évolution exercerait une forte pression baissière sur les taux , notamment après le pic saisonnier du Nouvel An chinois. Malgré ces signaux faibles, les compagnies restent néanmoins divisées sur leur calendrier de retour à la mer Rouge, les tensions persistantes dans la région freinant toute normalisation rapide. Là aussi, rien de complètement nouveau sous le soleil…

Le Bazooka européen

L’Océan Atlantique serait de nouveau un champ de bataille ? Ce serait du jamais vu depuis 1945. Et pourtant c’est bien ce que Donald Trump s’apprêterait à faire. Tout à son obsession pour le Groenland, le président américain menace d’imposer des droits de douane de 10 %, à partir de février, puis de 25 % en juin, sur les importations en provenance de huit pays européens si ces derniers persistent à refuser la cession du territoire danois convoité par Washington. Parmi eux, on trouve notamment la France, l’Allemagne, ou encore le Royaume-Uni. Bref, les principaux alliés des États-Unis en Europe. Si Trump est obsédé par le pouvoir de l’arme douanière, cette nouvelle offensive n’en demeure pas moins nouvelle : contrairement aux précédentes guerres commerciales, motivées par des considérations économiques (réduction du déficit commercial, relocalisations, protection des industries), cette campagne repose sur un objectif géostratégique, l’acquisition d’un territoire . Face à cette offensive tarifaire, l’Union européenne envisage une riposte ciblée . Plusieurs options sont à l’étude : des droits de douane sur plus de 100 milliards de dollars de produits américains , des restrictions d’accès aux marchés publics européens pour les multinationales américaines, voire l’activation de l’“instrument anticoercition” qui permettrait de s’en prendre aux services, à la fiscalité et aux investissements américains sur le continent. C’est l’option Bazooka . Cette escalade menacerait des secteurs clés de l’économie transatlantique, en particulier la tech, les services numériques et l’industrie automobile. D’autant que l’interdépendance est massive entre les deux pôles du monde occidental. Une guerre commerciale prolongée pourrait inciter l’Europe à diversifier ses alliances, réduisant sa dépendance au marché américain, tandis que les entreprises américaines perdraient une part précieuse de leurs revenus, difficile à compenser . Dans ces conditions, le silence de la Chine depuis le début de la crise groenlandaise est éclairant. Comme l’écrivait Sun Tzu, il y a plus de deux mille ans : “ N’interrompez jamais votre adversaire alors qu’il est en train de faire une erreur. ”

Quel futur pour le fret aérien ?

Depuis l’automne 2025, les États-Unis ont connu une forte hausse des importations aériennes d’aluminium, notamment sous forme de bobines et de feuilles spécialisées. Pour The Loadstar, les volumes enregistrés en octobre et novembre représentent l’équivalent d’environ 70 vols cargo gros-porteurs, en majorité en provenance de Suisse et de Chine . Cette flambée est largement liée à un choc d’approvisionnement : l’usine Novelis d’Oswego, dans l’État de New York, a subi plusieurs incendies ces derniers mois. Cela a perturbé la fourniture d’aluminium destiné à l’industrie automobile. Malgré son coût, certains constructeurs ont opté pour un transport par avion , afin d’acheminer rapidement ces matériaux difficilement substituables plutôt que de risquer un arrêt de la production. Cette situation illustre une dynamique plus large de transformation du fret aérien. Celle-ci est caractérisée par une demande ciblée venue de l’industrie , plutôt que par une reprise globale des échanges qui serait portée par la consommation des particuliers. L’accord commercial conclu entre les États-Unis et Taïwan en janvier 2026 , centré sur les semi-conducteurs et les centres de données, devrait accentuer cette tendance dans la mesure où il prévoit des exemptions tarifaires temporaires pour faciliter la construction d’infrastructures technologiques . Cela pourrait entraîner des flux urgents de matériaux et d’équipements. Alors que la suppression des exemptions de minimis se répand à l’échelle mondiale, cette évolution deviendrait alors l’un des principaux axes de transformation du fret aérien. 👋 À la semaine prochaine, L’équipe du Chargeur

Sources

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