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Le Chargeur · n°259 · 11 février 2026

Avis de congestion portuaire !

Le chiffre de la semaine

2,318,722 Selon Descartes Systems Group, c’est le nombre de conteneurs importés aux États-Unis en janvier 2026, en baisse de 6,8% par rapport à janvier 2025.

Le mot de la semaine

« Les mauvaises conditions météorologiques en Europe continuent d’affecter les opérations maritimes. » Lars Jensen, fondateur de Vespucci Maritime, revient, le 8 février, sur la dégradation des conditions météorologiques en Europe.

Quelles tendances pour l’hiver ?

Et nous ne parlons pas de la Fashion Week , mais bien des taux de fret. Dans moins d’une semaine aura lieu le Nouvel An chinois, et il est de plus en plus clair que le marché mondial du fret maritime navigue à vue . D’un côté, certains transitaires diffusent déjà des offres extrêmement basses pour les semaines qui suivront les congés en Asie : ils misent manifestement sur une absence de rebond de la demande. De l’autre, plusieurs compagnies maritimes – CMA CGM en tête – annoncent des hausses générales de tarifs (GRI) . Alors qui croire ? Allons-nous assister à une chute des taux ou à un redémarrage post-CNY ? Cette apparente contradiction s’explique par un flou persistant quant aux tendances à venir. Il est donc très difficile d’établir un cap clair. Dans l’immédiat, les premières traversées postérieures au Nouvel An chinois affichent de bons taux de remplissage. Difficile d’en tirer des conclusions fermes pour autant : cela pourrait n’être qu’un effet ponctuel lié aux annulations de départs ( blank sailings ) et à des reports de volumes, plutôt qu’un signe de reprise durable. Considérons deux axes essentiels. Sur l’axe Asie-Europe, les signaux sont également baissiers, malgré une capacité globalement maîtrisée grâce à une vague de blank sailings . Les taux spot ont reculé de 5 à 9 % selon les routes, avec des baisses particulièrement marquées vers la Méditerranée. Ce repli s’amorce plus tôt que ne le voudraient les schémas saisonniers habituels . Cela pourrait être interprété comme le signe d’un affaiblissement structurel de la demande. Dans ces conditions, l es compagnies cherchent à ajuster l’offre à la demande . En parallèle, elles communiquent de nouveaux tarifs FAK en baisse sensible pour février avec un rebond (annoncé mais pas certain) en mars . Les prix pourraient rester très instables dans les semaines à venir, d’autant que le retour progressif de certains services par le canal de Suez – par exemple annoncé par Gemini – accroîtrait la pression sur les taux dans les semaines à venir . La situation est nettement plus critique sur l’axe transpacifique. Les taux spot vers la côte ouest des États-Unis ont chuté de 8 %, et ceux vers la côte est de près de 6 % , ce qui efface entièrement la modeste hausse enregistrée début janvier. En 2026, le pic saisonnier précédant le Nouvel An chinois a été non seulement faible, mais il s’est inversé plus tôt que prévu. C’est notamment une conséquence de la faiblesse persistante de la demande importatrice américaine . Dans ce contexte, les compagnies redoublent de prudence : jusqu’à 28 départs par semaine ont été annulés sur les routes Asie–US , ce qui est bien supérieur aux standards saisonniers. Ces mesures correctives se heurtent néanmoins à un facteur structurel : la surcapacité est entretenue par les livraisons continues de nouveaux navires . Difficile de faire des prévisions en ce moment… Il faudra sans doute attendre le mois de mars pour que se dissipe l’incertitude.

Ça bouchonne en Chine !

Cela fait un an que le Chargeur chronique régulièrement la congestion des ports européens. Et, comme vous le rappelle notre mot de la semaine, cela reste un sujet majeur : les mauvaises conditions météo en Europe du Nord ont désorganisé le trafic . Mais le vrai sujet cette semaine se trouve à l’autre bout de l’Eurasie. En effet, l es principaux ports chinois connaissent une congestion d’une intensité exceptionnelle , depuis début février 2026, . Plusieurs plateformes stratégiques – Qingdao, Ningbo, Shanghai, Shenzhen, Nansha et Yantian – subissent simultanément des engorgements massifs, avec des terminaux saturés, des files d’attente logistiques dépassant les deux jours et des restrictions sévères de gate-in . Les transporteurs comme Kuehne+Nagel et Metro Global confirment des taux d’occupation critiques (jusqu’à 98 % à Shekou) . En parallèle, on note des suspensions partielles de réception de conteneurs à l’export , et une montée en flèche des coûts de stockage . À Qingdao, la situation est décrite comme quasi-inopérable, avec un gel des entrées pour de nombreux navires et des retours d’équipement fortement contraints. À Nansha, certains chauffeurs sont même instruits de ne plus accéder au port , signe d’un engorgement complet. Les photographies qui remontent du terrain sont hallucinantes : on y voit des files de camion à perte de vue … ou des piles de conteneurs attendant d’être réorientés. Comme le souligne Hugo de Bengy, Head of Operations chez OVRSEA, cette situation est « le résultat mécanique d’une combinaison de facteurs : anticipation massive des exportateurs chinois face aux tensions tarifaires, afflux de bookings concentrés sur un nombre réduit de semaines, et des infrastructures portuaires qui, malgré les investissements, restent structurellement vulnérables aux pics de volume. » Dans ce contexte de désorganisation généralisée, il n’y a pas grand chose à faire dans l’immédiat, ainsi que le souligne Héloïse Roux, à la tête de la Team Ocean Procurement chez OVRSEA : « Il faut garder à l’esprit que la situation ne s’améliorera pas avant le Nouvel An chinois, et qu’il n’est pas possible d’agir pour les conteneurs les plus urgents : la situation échappe totalement au contrôle des compagnies maritimes. » Une seule chose est claire en somme : aucune action concrète ne peut être envisagée pour sécuriser les expéditions critiques, tant l’ensemble du système est sous tension.

Fret aérien : une embellie … avant la crise ?

En janvier 2026, le fret aérien connaît un rebond notable, avec une hausse de 7 % des volumes mondiaux par rapport à l’année précédente . C’est la plus forte progression du secteur depuis douze mois. Cette embellie s’explique en partie par l’anticipation du Nouvel An lunaire, plus tardif que d’habitude cette année : les commandes ont donc été décalées au mois de janvier. Dans ces conditions, la demande a progressé plus rapidement que la capacité offerte (+5 %), entraînant une légère hausse du taux de remplissage dynamique à 57 % . Les tarifs spot, quant à eux, n’ont reculé que de 1 % en glissement annuel, ce qui témoigne d’un certain rééquilibrage du marché. Toutefois, les analystes appellent à la prudence : ces distorsions calendaires masquent des fragilités persistantes. La principale inquiétude porte surtout sur la forte baisse des exportations e-commerce en provenance de Chine et de Hong Kong . Celle-ci est en recul de 9 % en décembre, la baisse la plus importante depuis janvier 2022 ! Ce segment, qui représente jusqu’à un quart du fret aérien mondial, subit les effets conjugués de la fin des de minimis , du ralentissement de la demande occidentale et de nouvelles régulations en Asie . Les flux vers les États-Unis se sont ainsi effondrés de plus de 50 % en rythme annuel, selon Xeneta, tandis que la croissance vers l’Europe, autrefois dynamique, paraît fortement ralentie, voire inversée hors Russie. Ce retournement de tendance, désormais confirmé sur trois mois consécutifs, pourrait remettre en cause les prévisions de croissance de certains opérateurs logistiques, notamment ceux ayant investi massivement dans les conversions d’avions cargos dédiés au commerce en ligne . 👋 À la semaine prochaine, L’équipe du Chargeur

Sources

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