Le Chargeur · n°241 · 24 septembre 2025
Attention aux pirates !
- L'essentiel en un clin d'oeil 🚢 La chute des taux continue
- 🇫🇷 Attention, poids lourds en crise
- ✈️ Les aéroports européens dans la tourmente
Le chiffre de la semaine
5,9 % C’est la hausse du volume de conteneurs traités par les ports chinois (Hong Kong inclus) sur les sept premiers mois de 2025. En août, Shanghai et Ningbo ont même établi leurs records mensuels. Malgré les droits de douane américains et un contexte macro morose, la dynamique devrait se prolonger jusqu’à la fin de l’année.
Le mot de la semaine
« La plupart des ports européens ne sont désormais plus congestionnés ». Extrait d’une publication LinkedIn du 22 septembre de Lars Jensen, fondateur de Vespucci Maritime, alors que la situation restait confuse la semaine dernière.
Chute continue des taux… jusqu’où ?
Malgré une réduction importante des capacités disponibles, les taux ont chuté ces dernières semaines . Sur la route Asie-Europe, les tarifs ont reculé de plus de 45 % en dix semaines, selon le World Container Index de Drewry. En parallèle, le SCFI a enregistré une baisse de 14,3 % en une seule semaine sur l’axe transpacifique – c’est l’une des plus fortes depuis 2009 ! Cette chute intervient dans un contexte de sous-capacité : Alphaliner note que seulement 425 des 461 navires nécessaires sont en opération entre l’Asie et l’Europe, et le taux d’utilisation réel tourne autour de 85 % sur certaines lignes , ce qui devrait en théorie soutenir les prix. Ce paradoxe s’explique par plusieurs facteurs. La demande, affaiblie par l’incertitude macroéconomique et une stratégie d’attentisme des importateurs, crée un cercle vicieux tarifaire : les chargeurs décalent leurs expéditions, réduisent leurs stocks et attendent des prix plus bas, ce qui incite les compagnies à baisser leurs taux . COSCO a ainsi annoncé qu’elle s’alignerait sur les tarifs pratiqués par ses concurrents américains, tandis que Maersk, MSC, CMA CGM ou Evergreen ajustent quotidiennement leurs prix. Pour l’instant, personne ne parvient à enrayer la baisse des taux . Les blank sailings , dont on vous parlait la semaine dernière, et les réductions de services, comme la suppression de la boucle « Pearl » par MSC, ont, pour l’instant, un effet très limité. Cette fragilité tarifaire pourrait se maintenir : comme le souligne Peter Sand, chief analyst chez Xeneta, la volatilité actuelle pourrait se poursuivre jusqu’à la fin de l’année . D’autant qu’il reste un dernier élément à prendre en compte : le Nouvel An Chinois a lieu tard cette année (le 20 février)… ce qui ajoute à l’attentisme ambiant . Une chose est certaine : si la pression tarifaire actuelle complique les arbitrages commerciaux, elle oblige les professionnels à faire preuve de réactivité dans la gestion de leurs capacités. Les taux spot inférieurs aux niveaux contractuels de long terme freinent les négociations pour le T4, mais ils pourraient favoriser, à terme, une revalorisation progressive dès novembre si la demande repart après Golden Week . L’alignement tarifaire entre compagnies, comme annoncé par COSCO, redéfinit les équilibres de marché, et l’évolution des alliances pourrait se traduire par l’émergence de nouvelles stratégies, plus flexibles. Flexibilité : voilà plus que jamais le maître mot de l’année 2025.
Les poids lourds dans l’impasse
Le transport routier traverse une crise profonde en France . Selon l’Union TLF, principale fédération du secteur, dix entreprises font faillite chaque jour . C’est un rythme inédit depuis la crise sanitaire de 2020. Et c’est préoccupant. Après un premier semestre difficile, la situation ne s’arrange pas : 645 défaillances d’entreprises ont déjà été enregistrées au deuxième semestre . Celles-ci font face à des marges extrêmement faibles (2 à 3 % en moyenne) et à une demande insuffisante. Cela ne devrait pas s’arranger alors que les ménages épargnent plus et consomment moins , selon l’INSEE. La situation est également compliquée par la mauvaise santé de l’économie allemande. De son côté, le cabinet Altares évoque une hausse de 13 % des défaillances dans le transport , ce qui tend à confirmer une tendance qui va pourtant à rebours des cycles saisonniers habituels. Ce secteur est d’autant plus vulnérable à la conjoncture économique morose et à l’inflation qu’il est majoritairement composé de TPE et de PME. Face à cette situation alarmante, l’Union TLF pointe un cadre fiscal et réglementaire qui « porte préjudice à la compétitivité du pavillon français » . Jean-Thomas Schmitt, président de l’Union depuis mars 2025, a réagi très nettement : « nous appelons à prendre les décisions qui s’imposent pour assurer la pérennité de nos entreprises, au cœur de la résilience de l’économie française. » Ces mots ne sont pas neutres alors que se prépare le projet de loi de finances pour 2026 . Dans un contexte politique et économique incertain, la fédération insiste sur la nécessité de protéger les transporteurs d’une nouvelle hausse de la fiscalité , d’autant que le transport routier reste essentiel aux chaînes logistiques nationales et européennes. Ce coup de mou des poids lourds a de quoi inquiéter… bien au-delà du secteur.
Des pirates dans les aéroports européens !
Depuis vendredi 19 septembre, une cyberattaque visant le système Muse édité par Collins Aerospace – un grand équipementier aéronautique et de défense américain – paralyse les procédures d’enregistrement et d’embarquement de plusieurs hubs européens (Heathrow, Berlin, Bruxelles, Dublin, parfois Cork). Cet incident est probablement d’origine criminelle : selon l’Agence de l’Union européenne pour la cybersécurité (ENISA), il s’agirait d’un ransomware . En forçant le basculement vers des procédures manuelles, il a provoqué des centaines d’annulations ou retards tout au long du week-end et jusqu’à lundi ! L’incident serait en passe d’être résorbé : d’un côté, la Commission européenne ne juge l’événement ni « généralisé » ni « grave » à l’échelle du continent ; de l’autre, Collins assure avoir repris la situation en main. Pour le fret, l’effet immédiat est resté contenu : les opérateurs évoquent des activités « stables », un réacheminement rapide et, à Bruxelles, un impact « négligeable » alors que la soute commerciale – mobilisée pour le « belly cargo » – y représente environ 20 % des volumes. Cette résilience masque néanmoins une vulnérabilité structurelle : la dépendance à des fournisseurs numériques communs à de très nombreux hubs européens crée des points de défaillance continentaux . La Commission a notamment rappelé que les règles de cybersécurité de l’Union devaient être appliquées par les États. Plus généralement, cette alerte rappelle que les aéroports européens doivent procéder à des audits de robustesse des sous-traitants et déterminer des options de repli réellement opérationnelles . Sans un véritable virage en matière de cybersécurité, ce n’est qu’une question de temps avant une nouvelle attaque et, forte de ce premier test, elle pourrait être beaucoup plus dévastatrice .