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Le Chargeur · n°210 · 22 janvier 2025

Retour à la mer Rouge ? Calmos

Le chiffre de la semaine

1 000 milliards En dollars, voici l’excédent commercial que la Chine a réalisé en 2024. L’écart entre la valeur des exportations et des importations est trois fois plus élevé qu’en 2018, selon le Wall Street Journal. La domination chinoise sur l’industrie manufacturière mondiale est plus grande que jamais.

Le mot de la semaine

« En 2025, la consolidation du secteur transport et logistique va continuer. Et cela va poser des défis de fond aux plus petits chargeurs. » La nouvelle prédiction d’Arthur Barillas, CEO d’OVRSEA, pour l’année qui débute. Tout au long du mois de janvier, retrouvez sur son compte LinkedIn ses analyses pour 2025.

Calmos. Pourquoi un retour par la mer Rouge pourrait prendre des mois

Dimanche, le cessez-le-feu à Gaza entre Israël et le Hamas est entré en vigueur, pour une première phase de 42 jours. Si l’accord semble tenir, la situation reste on ne peut plus fragile et explosive à Gaza et dans toute la région.

Le silence des armes a bien sûr réveillé l’espoir d’un retour des navires dans la mer Rouge et dans le canal de Suez. Les Houthis yéménites ont ouvert la porte à une telle perspective, annonçant une pause dans leurs attaques des navires non liés à Israël. Mais ils ont averti que les attaques reprendraient « en cas d’agression contre la République du Yémen par les États-Unis, le Royaume-Uni ou (Israël) ».

Pour le moment, les compagnies restent très prudentes et aucune reprise de la liaison par la mer Rouge n’a été annoncée. « Nous (…) traverserons Bab al-Mandeb dès que nous pourrons le faire en toute sécurité », a indiqué Maersk. « Il est encore trop tôt pour spéculer sur le calendrier. » Attitude wait and see. Reuters a rappelé aussi que, pour les assureurs maritimes, les risques étaient encore trop élevés.

Personne ne va donc se précipiter, sans compter que la réouverture de la liaison rapide entre l’Asie et l’Europe aura des répercussions opérationnelles et tarifaires gigantesques. Rappel : près de 10% de la capacité totale a été absorbée par le contournement de l’Afrique par le sud depuis le début de la crise. Dans le sens inverse, un « chaos » (Xeneta) temporaire nous attendrait : désorganisation des flux, congestions portuaires à retardement et chute brutale des taux (ce qui est une bonne nouvelle en soi pour les chargeurs). Heureusement, il semble que les compagnies aient prévu le coup. Il est probable que le retour en mer Rouge se fasse de manière progressive, parallèlement à la mise au rebut des plus vieux porte-conteneurs ou au ralentissement des vitesses de navigation. Il faudra, quoi qu’il en soit, attendre près de 2 mois avant de retrouver un équilibre d’ensemble.

Le fret maritime en plein ralentissement hivernal

A l’exception du Transatlantique Europe > Etats-Unis, les taux spot des grands trades sont tous orientés à la baisse. Chinese New Year oblige, cela devrait se poursuivre jusqu’à la mi-février (au moins). Sur l’axe Asie-Europe du Nord, le SCFI (Shanghai Containerized Freight Index) a perdu 6% la semaine dernière et Linerlytica estime que les taux contractuels devraient diminuer fortement dans les jours et semaines à venir, depuis l’annonce du cessez-le-feu à Gaza.

A la mi-février, le rebond post-CNY de l’activité en Chine pourrait néanmoins redynamiser un peu le fret maritime, mais l’incertitude est forte. La mise en place des nouvelles alliances Gemini Cooperation et Premier Alliance au 1er février, couplée aux probables annonces tarifaires de Trump, brouillent les pistes et les pronostics. Lors de son investiture, le 47e président américain n’a évoqué que le Mexique et le Canada, auxquels il veut imposer 25% de droits de douane en plus dès le 1er février. Pour le reste, suspense.

Malgré ce contexte, certains acteurs essayent de positiver. « Je suis tranquillement optimiste pour l’année, après avoir analysé à la fois nos réservations à court terme et nos volumes engagés », a déclaré Henrik Schilling, un responsable d’Hapag-Lloyd. La compagnie allemande confirme d’ailleurs son objectif d’atteindre 90% de fiabilité horaire dans le cadre de son alliance Gemini avec Maersk.

Fret aérien : des taux spot très loin (au-dessus) de leur niveau de début 2024

Si l’approche du CNY a suscité un bref rebond des importations aériennes depuis l’Asie, la tendance d’ensemble est, comme en maritime, à un refroidissement du marché. L’activité e-commerce semble en fort recul par rapport à décembre, ce qui peut s’expliquer par des facteurs saisonniers et de stocks élevés en Occident.

Selon WorldACD, les taux spots mondiaux ont reculé de 3% la semaine dernière, mais ne nous trompons pas : ils restent à des niveaux très élevés pour la saison.

Depuis la zone Asie-Pacifique, le taux spot moyen est ainsi 27% plus élevé qu’il y a un an. Sur le trade Asie-Europe en particulier, malgré une nette chute de l’activité depuis la fin 2024 (-40% en termes de volume), les taux dépassent de 42% leur niveau de janvier 2024. Même tendance de fond depuis la Corée du Sud ou le Japon. Entre le Moyen Orient et l’Europe, les taux sont ici en recul d’environ 20% depuis novembre, mais toujours en hausse de 65% sur un an. A noter aussi, depuis l’annonce du cessez-le-feu à Gaza, un début de retour des compagnies européennes sur certaines liaisons avec Israël.

Côté offre, tous les voyants sont au vert. Rotate constate que la capacité globale en soute est revenue à son niveau d’avant la pandémie.

👋 À la semaine prochaine, L’équipe du Chargeur

Sources

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