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Le Chargeur · n°212 · 5 février 2025

Guerre commerciale, guerre des taux : ça chauffe

Le chiffre de la semaine

+11,3 % La hausse de la demande de fret aérien mondial en 2024, selon l’IATA (The International Air Transport Association). Il s’agit d’un pic historique. L’IATA estime que la croissance du secteur pourrait atteindre 5,8 % cette année.

Le mot de la semaine

« Il s’agit simplement de la première frappe dans ce qui pourrait devenir une guerre commerciale mondiale très destructrice. » Paul Ashworth, économiste en chef pour l’Amérique du Nord chez Capital Economics, cité par Bloomberg, à propos des premières mesures tarifaires annoncées par la nouvelle administration Trump (lire ci-dessous).

Les nouvelles alliances sont en place : faut-il croire à la guerre de taux ?

Pour le transport maritime, ce mois de février est un tournant. En pleine pause du Chinese New Year, les nouvelles alliances (Gemini Cooperation et Premier Alliance) ont commencé à fonctionner, le tout sur fond d’incertitude commerciale extrême due à l’arrivée à la Maison Blanche de Donald Trump et espoir (encore mince) d’un retour à la mer Rouge.

Mais l’incertitude domine partout. Notamment autour des conséquences du nouveau paysage d’alliances. Pour Sea-Intelligence, la « pression concurrentielle » qui en découle devrait « exercer une pression à la baisse sur les taux des principaux trades est-ouest ». Alors que les prix du transport maritime restent élevés, certains pensent que les alliances peuvent même se lancer dans une guerre des taux pour capter des parts de marché. Cela implique ainsi de laisse filer la capacité. D’importantes injections de capacité sur les services Inde-Europe est en effet déjà constatée. Selon Drewry, le taux de blank sailings entre les semaines 6 et 10 sur les grands trades est-ouest atteint 14%. C’est significatif mais encore modéré dans un tel contexte de demande en baisse. Trop tôt donc pour affirmer que nous faisons face à une guerre des prix. « Les compagnies maritimes et les transitaires attendent de voir comment les choses vont évoluer après le CNY, indique Héloïse Roux, experte maritime chez OVRSEA. Février devrait rester relativement bas en termes de taux et de volumes, mais un rebond après le CNY reste possible ».

L’incertitude, enfin, concerne bien sûr les négociations à venir autour de la deuxième phase du cessez-le-feu entre Israël et le Hamas. Sans un accord, un retour du plein trafic maritime dans la mer Rouge reste illusoire. D’ailleurs, les compagnies font, à raison, le choix de la prudence et du pragmatisme. Maersk a récemment incité ses clients à planifier leurs transports sur la configuration en cours via le Cap de Bonne Espérance. Pour la banque HSBC, les transits via la mer Rouge ne reprendront pas avant mi-2025.

Malgré un répit, la guerre commerciale de Donald Trump a bien débuté

Top départ des hostilités. La nouvelle administration Trump a annoncé imposer 25% de droits de douane aux biens importés du Canada et du Mexique, avant d’accorder finalement un mois de répit à ses deux voisins, le temps de trouver un « deal ». La méthode se confirme : les tariffs sont utilisés comme arme de négociation. Mais Trump semble tout de même prêt à les utiliser aussi pour de bon. Ce mardi, les 10% de droits de douane supplémentaires sur les importations en provenance de Chine sont quant à eux entrés en vigueur. Pékin a déjà riposté, bien que les présidents américains et chinois aient prévu de s’entretenir prochainement, selon Trump. Enfin, l’Europe n’est pas oubliée : le président américain a déclaré que l’UE serait sa prochaine cible.

Linerlytica en profite pour rappeler que les importations conteneurisées aux États-Unis ont dépassé de 2,4 le niveau des exportations en 2024, « ce qui prouve clairement que les droits de douane imposés depuis 2018 ont été totalement inefficaces pour réduire le déséquilibre commercial américain ».

En attendant les prochains soubresauts (il y en aura), le marché américain reste calme. Sur le Transatlantique, sens est-ouest, CMA CGM et MSC ont annoncé la mise en place de PSS (Peak Season Surcharges) de 1000 USD/FEU à partir du 1er mars. Mais attention, on commence aussi à voir ici les prémices d’une guerre des prix entre alliances.

En bref. La situation s’apaise à Panama. L’hostilité américaine à l’égard du pays d’Amérique centrale est retombée depuis que Marco Rubio, nouveau secrétaire d’Etat américain, a rencontré le président panaméen José Raúl Mulino. Ce dernier a notamment accepté d’éloigner le Panama de l’initiative chinoise Belt and Road (Route de la Soie) chère à Xi Jinping. Les deux pays avaient signé un accord en ce sens en 2017.

Minimis Out : Washington met des bâtons dans les roues du e-commerce chinois

L’activité du fret aérien a fortement rebondi lors de la dernière semaine de janvier, un phénomène normal juste avant le début du Chinese New Year. Selon WorldACD, les tonnages transportés entre l’Asie-Pacifique et l’Europe ont augmenté de 10% sur une semaine, sans que cela ne tire toutefois les taux de fret. La véritable reprise de l’activité aérienne depuis la Chine est attendue après le 12 février. Les taux devraient s’orienter à la baisse dans les semaines à venir.

De l’autre côté du Pacifique, on retiendra la décision de Washington de suspendre la fameuse règle de minimis, qui permettait d’exempter de droits de douane les importations d’une valeur inférieure à 800 USD destinées aux particuliers. Selon les Douanes américaines, environ 4 millions d’envois de minimis ont été traités par jour en 2024, contre 2,8 millions en 2023 ! On peut donc s’attendre à un freinage à court terme des flux d’e-commerce issus des grandes plateformes chinoises Temu, Shein ou encore AliExpress. Cette décision pourrait au passage chambouler la chaîne d’approvisionnement, en stimulant le stockage côté américain ou en favorisant un report modal vers le maritime. Mais cet effet-ci est à relativiser. Selon le cabinet Ti, on parle ici de l’équivalent de 8 000 conteneurs EVP environ, soit plus ou moins 10 porte-conteneurs moyens. Ce ne sera pas un raz-de-marée et tant mieux.

Un petit mot sur le fret aérien transatlantique pour finir : les changements d’horaires des compagnies aériennes provoquent actuellement des tensions pour l’accès à la capacité dans le sens Europe-Amérique du Nord. Anticipez : cette situation congestionnée devrait durer tout l’hiver.

👋 À la semaine prochaine, L’équipe du Chargeur

Sources

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