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Le Chargeur · n°213 · 12 février 2025

Nous voilà dans un étrange ventre mou...

Le chiffre de la semaine

183 millions d’EVP Ou plus exactement 183 158 193 EVP : c’est le trafic mondial de conteneurs enregistré en 2024, en croissance de 6,2% sur un an, selon Container Trade Statistics (CTS). Les trafics entre l’Asie et l’Amérique du Nord et sur le trade Asie-Europe ont respectivement augmenté de 13% et de 12%.

Le mot de la semaine

« Les clients sont tous impatients de passer de nouveau (par la mer Rouge), mais ils ont une réserve : ils ne veulent pas d’allers-retours incessants ». Vincent Clerc, PDG de Maersk, cité par JOC.

Après le CNY, le ventre mou du transport maritime

Alors que le Chinese New Year (CNY) se termine, le transport maritime ne donne aucun signe de reprise vers l’Europe. Même si les prévisions pour la fin de l’hiver sont incertaines, le trade Asie-Europe du Nord semble s’orienter vers un après-CNY apathique. La semaine dernière, les divers indices ont tous enregistré de fortes baisses des taux spot sur cet axe (de -5% pour le WCI jusqu’à -16% pour le SCFI). « Le marché est assez unanime pour dire que le premier semestre sera assez faible en termes de demande », indique Héloïse Roux, experte maritime chez OVRSEA. Le marché en Méditerranée occidentale résiste toutefois mieux pour le moment. Les taux spot depuis l’Asie s’y stabilisent de façon singulière. L’écart tarifaire entre les deux trades s’est d’ailleurs fortement accentué (+1 100 USD/FEU en faveur d’Asie-Med, selon le WCI).

Sur les grands trades est-ouest, il faut tout de même s’attendre à ce que les taux spot reculent dans les semaines à venir. The Loadstar mentionne « une intensification de la guerre des taux sur les échanges Asie-Europe », sur fond de demande affaiblie. Les compagnies finiront-elles par activer les blank sailings pour freiner la chute des taux ? Rien n’est sûr. Les derniers chiffres de Drewry indiquent au contraire qu’elles devraient annuler peu de traversées dans le mois à venir. Le taux de blank sailings atteint seulement 7% entre le 10 février et le 10 mars, avec des annulations qui concernent pour moitié le trade transpacifique.

Quid du Transatlantique ? Le marché est dans l’attente des nouveaux droits de douane ciblant les biens européens. Si CMA CGM et MSC annoncent des PSS (Peak Season Surcharges) pour mars, d’autres (comme Gemini Cooperation) ont tendance à tirer les taux vers le bas. Un marché à deux visages se dessine, complexe à anticiper. L’expert Lars Jensen signale une baisse récente et forte des taux depuis l’Europe du Nord (ici aussi, la Méditerranée résiste mieux). Note positive au tableau : le dernier Global Port Tracker (GPT) révèle un certain optimisme de la part des retailers américains. Une hausse des importations est anticipée, en particulier en mars (+11,1%). L’imminence de droits de douane contre l’UE pourrait bien créer un appel d’air et stimuler, provisoirement, les flux maritimes sur l’Atlantique.

En bref. CMA CGM lance un nouveau service Med Pendulum (MPS). À partir de mars, le service MPS adoptera la rotation suivante : Salerne, Gênes, La Spezia, Barcelone, Casablanca, Leixoes, Setubal, Valence, Barcelone, Marseille, La Spezia, Gênes, Salerne, Le Pirée, Beyrouth, Mersin, Alexandrie et Salerne. Elle durera 42 jours.

Le retour par la mer Rouge : un mirage dans le désert ?

Les récentes menaces proférées par Donald Trump à l’égard de Gaza et du Hamas, ainsi que les tensions rapportées autour du protocole de cessez-le-feu, éloignent la perspective d’un apaisement durable de la région, et donc du retour des navires en mer Rouge. Au Yémen, les Houthis ont prévenu qu’ils n’arrêteraient les hostilités qu’en cas de résolution satisfaisante de la guerre à Gaza. Sauf qu’il reste encore deux phases avant d’atteindre un cessez-le-feu durable, et leurs chances d’aboutir semblent minces.

Les compagnies ne promettent rien. Les traversées par la mer Rouge et le canal de Suez ne reprendront pas avant le mois de mai (au plus tôt), a, par exemple, déclaré le président de Yang Ming. MSC ne s’attend pas à un retour à la normale avant au moins le deuxième semestre. Premier Alliance a déclaré qu’elle serait la dernière à envisager un passage par Suez. Vincent Clerc, le PDG de Maersk (lire aussi plus haut) a rappelé que les compagnies devaient attendre des garanties de stabilité de long terme pour ne pas s’exposer financièrement et opérationnellement.

Pour le moment, CMA CGM est la seule grande compagnie à refaire passer quelques navires par la mer Rouge, bien que cela se limite essentiellement aux services desservant le Liban, précise Linerlytica.

Ce qui est sûr, c’est que la forte instabilité de la région continue à influencer le marché. Toujours selon Linerlytica, les contrats à terme ont connu une forte hausse la semaine dernière, dans un contexte de regain d’incertitude du côté de Gaza.

E-commerce chinois : la marche arrière chaotique des Etats-Unis

L’un des derniers soubresauts de la guerre commerciale initiée par Donald Trump nous rappelle à quel point les décisions de la nouvelle administration américaine sont brusques, incertaines et mal préparées, ce qui génère une incroyable instabilité pour tout le secteur. Car après avoir suspendu la règle de minimis pour les importations de colis chinois, Washington a dû faire marche arrière face au chaos dans les aéroports. Les services douaniers et postaux n’étaient pas préparés à un tel revirement : les deux tiers des quatre millions de colis concernés par l’exemption de minimis arrivant chaque jour dans le pays viennent de Chine, dont probablement 30% des plateformes Shein et Temu. L’application de ce décret est reportée, le temps que les services s’adaptent. Cela offre peut-être un répit au e-commerce chinois, mais ce n’est que partie remise. Beaucoup s’interrogent désormais sur l’impact qu’aura une telle mesure sur le fret aérien. Certains estiment que l’impact sera majeur, entraînant un effondrement de la demande et des prix sur le marché transpacifique. Pour d’autres, la fin de la règle de minimis n’empêchera pas les Américains de continuer à importer des colis chinois, même si les prix augmentent.

En attendant d’en savoir plus, le fret aérien entre dans sa période basse. L’activité depuis la Chine n’a pas complètement repris. Lors de la semaine 5, les tonnages transportés entre la Chine et l’Europe ont fondu de 28% sur une semaine, mais les taux sont restés stables, selon WorldACD. Sur le Transpacifique, Baltic Air Freight estime que « les inquiétudes suscitées par les tarifs douaniers ont fait baisser les taux », lesquels reflètent « un affaiblissement de la demande liée au e-commerce ».

En revanche, l’activité sur le trade transatlantique reste soutenue dans le sens Europe-Etats-Unis, « une situation inhabituelle à cette période de l’année. Les expéditions industrielles de grande valeur maintiennent une demande élevée », analyse le Baltic Exchange Air Freight Index. Les ajustements horaires des compagnies aériennes ont réduit par ailleurs la capacité disponible. Selon OVRSEA, la congestion entre les deux rives devrait perdurer jusqu’à la fin mars.

👋 À la semaine prochaine, L’équipe du Chargeur

Sources

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