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Le Chargeur · n°218 · 19 mars 2025

Le Havre finalement en paix ?

Le chiffre de la semaine

37.8% C’est le pourcentage de navires en circulation à avoir été construits en Chine, selon Alphaliner. Tous sont menacés par la hausse des appels de port annoncée par le Bureau du représentant américain au commerce.

Le mot de la semaine

« Chaque coup tiré par les Houthis sera dorénavant considéré comme un coup tiré par les armes et le gouvernement de l’IRAN. » Donald Trump sur son réseau Truth Social, le lundi 17 mars, alors que s’aggrave la crise en Mer Rouge.

Remontée des taux en vue ?

La reprise post-Chinese New Year a été si longue à se dessiner que l’on commençait à manquer d’adjectif pour qualifier la situation. Mais après un mois de février morose et un début du mois de mars atone, un rebond serait en vue. Selon CMA CGM, les réservations s’accélèrent, avec des navires qui approchent désormais des taux de remplissage de 100 %. Par rapport à la même période en 2024, cette reprise demeure timide ! En proportion, nous sommes encore loin des niveaux de remplissage de l’été passé. Le retard est d’autant plus important à combler, que les taux sur la route Asie-Europe avaient chuté en dessous des plus bas niveaux de l’an dernier.

Les taux sont aussi soutenus par la crise géopolitique alors que la situation en Mer Rouge continue de se dégrader. Depuis ce weekend, les États-Unis ont lancé une campagne de frappes aériennes contre le Yémen. Mardi matin, Israël a également lancé une offensive sur la bande de Gaza, mettant effectivement fin à l’accord de cessez-le-feu. Finalement, l’administration Trump menace directement l’Iran, alimentant les craintes d’un embrasement régional.

Pour Lars Jensen, fondateur de Vespucci Maritime, ce nouvel épisode de la crise en Mer Rouge augure « un équilibre offre/demande toujours solide, quoique moins vigoureux que lors de la haute saison de 2024, en raison de la poursuite des livraisons de tonnage – à condition que la croissance de la demande se maintienne. » Dans ce contexte, les compagnies maritimes ont annoncé de nouveaux General Rates Increase (GRI) à compter du 1er avril. Contrairement aux GRI prévues en mars, ceux-ci pourraient être maintenus par la situation économique et géopolitique.

Bonace dans les ports français

Une bonne nouvelle dans un contexte difficile pour les ports européens ! Alors que le vieux continent affronte d’énormes problèmes de congestion portuaire, les dockers français ont décidé de suspendre leur mouvement de grève jusqu’au 25 mars. Le débrayage de 72h prévu du 18 au 20 mars n’aura donc pas lieu. La suspension fait suite à une rencontre entre représentants des ministères concernés, employeurs et syndicats, pour trouver une issue au conflit le 14 mars. Malgré cette annonce, les dockers réclament toujours le respect des promesses du gouvernement, comme l’exemption de la réforme des retraites pour les travailleurs portuaires et une meilleure prise en compte de la pénibilité de leur métier.

Depuis novembre 2023, les dockers ont cumulé près de 120 jours de grève (soit environ 300 heures de perturbations), ce qui a déjà engendré des surcoûts conséquents, notamment une facture estimée à 232 millions d’euros rien que pour le mois de février. À cela se sont ajoutés des surcoûts liés à la désorganisation logistique et à la réaffectation des trafics vers d’autres ports européens. Dans l’immédiat, l’annulation de trois jours complets de grève a permis de libérer de nombreux rendez-vous. Pour Hugo de Bengy, Head of Operations chez OVRSEA, le Havre demeure une option de choix à l’export. L’activité devrait revenir à la normale d’ici la fin de la semaine — ou au début de la suivante. À l’import, il est conseillé de privilégier les arrivées à Dunkerque, Anvers ou Zeebruges, si le surcoût est négligeable.

Cette dernière indication est bien le signe que la suspension de la grève doit être prise avec des pincettes. Au vu des revendications affichées par la CGT, la reprise du conflit reste une hypothèse envisageable dans les semaines à venir.

Crash en vue pour le fret aérien ?

La guerre douanière ouverte par l’administration Trump perturbe le secteur aérien. Après une année 2024 marquée par une croissance à deux chiffres, la croissance du fret a ralenti à 3 % sur la période janvier-février, contre des prévisions de 5 %. La précipitation des mesures douanières se traduit par des baisses notables des volumes d’exportation : la Chine accuse une baisse de 10 % des expéditions vers les États-Unis. Les chiffres de l’U.S. Customs and Border Protection (CBP) soulignent la gravité de la situation : en février, les recettes issues des audits ont chuté de 90 % par rapport au mois précédent, alors que le nombre d’entrées traitées n’a diminué que de 7 %. Ces déséquilibres, indissociables de l’arrêt prévu du régime « de minimis », renforcent les incertitudes des opérateurs logistiques tout en freinant les investissements. Au même moment, les volumes entre l’Asie et l’Europe augmentent, signe que certains acteurs commencent à contourner les États-Unis.

Mais la Chine n’est pas la seule partie prenante de ce conflit douanier. En ciblant des alliés comme le Canada et l’Union européenne, fortement intégrés à l’économie américaine, l’administration Trump prend des risques importants. Les acteurs du secteur tirent la sonnette d’alarme. Niall van de Wouw, responsable du fret aérien chez Xeneta, met en garde en déclarant que si le e-commerce continuait d’être affecté, « cela aurait un effet profond sur les taux de fret aérien dans le monde ». Par ailleurs, cette politique commence à aliéner une partie des soutiens de Donald Trump — au moment où JP Morgan a annoncé que les risques de récession pour 2025 avaient doublé depuis novembre dernier.

Le fret aérien pourra-t-il reprendre son envol ?

👋 À la semaine prochaine, L’équipe du Chargeur

Sources

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