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Le Chargeur · n°224 · 30 avril 2025

Fluctuat nec mergi taux

Le chiffre de la semaine

2,300,000,000 $ Le prix du rachat du terminal à conteneurs de Santos Brasil, le plus grand d’Amérique latine, par CMA CGM.

Le mot de la semaine

« Quasiment tous les envois en provenance de Chine pour les grands détaillants et fabricants ont cessé. » Gene Seroka, directeur exécutif du port de Los Angeles, le jeudi 24 avril.

Des taux paradoxalement stables

Malgré quelques suspensions de surtaxes douanières décidées par la Chine et les États-Unis, la guerre commerciale continue de faire rage. Les annulations de traversée sont la conséquence la plus immédiate. Six services transpacifiques ont déjà été suspendus, notamment par MSC, Zim ou encore Premier Alliance. Les réservations de cargaisons chinoises à destination des États-Unis ont baissé de 54 % en avril.

Malgré une chute vertigineuse des volumes, les compagnies tentent de stabiliser les taux de fret. C’est tout le paradoxe. Pour faire face à cette dégringolade, les compagnies maritimes ont retiré plus de 20 % de leur capacité de la route transpacifique et augmenté les blank sailings qui devraient représenter 18 % de l’offre en mai. Dans un contexte d’effondrement de la demande, il s’agit d’éviter une chute trop brutale des prix alors que l’offre reste fortement excédentaire : la flotte mondiale vient de dépasser les 32 millions d’EVP. Un record, qui ne survient pas au meilleur moment. Pour Drewry, si la situation devait persister, il faudrait prévoir un redimensionnement structurel de la flotte, par la mise à l’arrêt ou la démolition accélérée de navires. Autrement, c’est une nouvelle crise de surcapacité qui menace.

Paradoxalement, les taux spot affichent une étonnante stabilité. Selon le Shanghai Containerized Freight Index (SCFI), les tarifs depuis la Chine vers la côte ouest et la côte est sont restés stables, malgré une très légère baisse attribuable au contexte. Pour Lars Jensen, Fondateur de Vespucci Maritime, cette résistance tient avant tout à une trêve tacite entre les exportateurs et les compagnies : en attendant un éventuel accord commercial sino-américain, les professionnels maintiennent le statu-quo.

L’appétit d’un géant tricolore

Il y a quelques semaines, CMA CGM annonçait un partenariat historique avec Mistral AI, notamment pour optimiser ses solutions maritimes et logistiques. Depuis quelques jours, la compagnie confirme sa dynamique et démontre son appétit de croissance internationale avec plusieurs opérations majeures.

Vendredi, le géant français a annoncé l’acquisition de la majorité du capital de Santos Brasil, opérateur du plus grand terminal à conteneurs d’Amérique du Sud, pour environ 2,3 milliards de dollars. Déjà détenteur de 3,1 % des parts de Santos Brasil, CMA CGM a acquis 47,9 % supplémentaires auprès du fonds Opportunity pour 1 milliard de dollars. C’est la conclusion d’un deal amorcé en septembre dernier. À terme, la compagnie entend acquérir l’intégralité des parts. Tecon Santos, la pièce maîtresse de Santos Brasil, peut accueillir 2,5 millions d’EVP, avec une extension prévue à 3 millions. Ce terminal représente 16 % du volume de conteneurs du Brésil et peut traiter des navires allant jusqu’à 14000 EVP.

CMA CGM poursuit aussi son expansion dans le domaine de la logistique terrestre grâce à sa filiale CEVA Logistics. Elle vient d’acquérir Borusan Tedarik, acteur majeur du marché turc, pour 440 millions de dollars. L’opération devrait permettre de quasiment doubler la capacité d’entreposage de CEVA en Turquie. Elle augmentera également de 25 % ses volumes maritimes. Pour Mathieu Friedberg, CEO de CEVA Logistics, la Turquie est un territoire « stratégique » pour la croissance de l’entreprise.

Enfin, CMA CGM renforce sa présence en Inde. Le groupe prévoit de passer l’un de ses navires sous pavillon indien – une première pour une compagnie de cette importance. Cette annonce est en phase avec les déclarations de Rodolphe Saadé, CEO de CMA CGM. Celui-ci affirmait il y a un mois sa volonté d’accélérer le développement de ses activités dans le corridor économique Inde-Moyen-Orient-Europe, considéré comme une alternative possible dans un contexte de forte incertitude sur les routes traditionnelles du commerce mondial.

Bref, en ce printemps incertain, la compagnie française se lance à l’assaut des sept mers !

Multinationale cherche amateurs d’avions

La guerre commerciale entre Washington et Pékin fait des victimes de poids. Boeing paye les pots cassés de la politique de l’administration américaine. Sous l’effet des nouveaux tarifs douaniers, de nombreuses compagnies aériennes chinoises ont annulé près de cinquante commandes d’avion, forçant Boeing à rapatrier ses appareils et à chercher de nouveaux acheteurs. Historiquement, le constructeur exportait un quart de sa production vers la Chine. Cette part est aujourd’hui réduite à 10 %, au profit notamment de son concurrent Airbus, mais aussi d’acteurs locaux, comme la compagnie chinoise Comac, qui a développé un premier avion moyen courrier à vocation commerciale.

Ce défi commercial survient alors que Boeing est en difficulté, à un moment où elle doit préserver sa trésorerie et limiter son endettement. Pour autant, dans un marché aéronautique tendu, Boeing se veut rassurant, son directeur financier Brian West évoquant un fort intérêt mondial pour ces avions. Certains candidats se sont du reste montrés intéressés à l’idée de racheter les avions désormais en rade. La nouvelle compagnie saoudienne Riyadh Air s’est positionnée lundi 28 avril, affirmant être prête à acquérir l’ensemble des appareils disponibles.

Étant donné l’importance de Boeing, ses difficultés pourraient directement affecter les États-Unis. Si la compagnie ne devait pas parvenir à livrer ces cinquante avions, ce blocage pourrait même affecter la balance commerciale américaine ! Un signe de plus que les États-Unis sont très exposés au marché chinois dans cette guerre commerciale.

👋 À la semaine prochaine, L’équipe du Chargeur

Sources

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