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Le Chargeur · n°225 · 7 mai 2025

Onde de choc sur les taux

Le chiffre de la semaine

90% Soit la diminution potentielle du nombre de vols directement liés au e-commerce, selon Derek Lossing, fondateur de Cirrus Global Advisors.

Le mot de la semaine

« La situation à Anvers n’est pas pire qu’ailleurs. » Selon un porte-parole du port belge… Autant dire qu’elle n’est pas bonne dans un contexte de forte congestion des ports du Nord de l’Europe.

Des taux en baisse… mais pas dans le Pacifique

La guerre tarifaire décidée par Donald Trump pèse lourdement sur le commerce mondial. Pour Drewry, elle pourrait entraîner une baisse de 1 % du volume global de conteneurs échangés en 2025. C’est un recul comparable à celui de la pandémie (-0,9 %). On reste encore loin des effets de la crise de 2008 (-8,4 % en 2009).

Au cœur de ce séisme, les volumes échangés de la Chine vers les États-Unis sont en chute libre : -54 % entre fin mars et fin avril. Pour soutenir la demande face à une offre dévastée, les compagnies ont réagi rapidement : selon Vizion, les blank sailings représentaient 14 % de la capacité transpacifique en avril, et ce chiffre grimperait à 18 % en mai. Cette politique a eu une conséquence : les taux ne se sont pas effondrés entre la Chine et les États-Unis. Sur la ligne Shanghai-Los Angeles, l’indice WCI de Drewry ne recule que de 1 % cette semaine, et celui vers New York de 3 %. Sanjay Tejwani, directeur de 365 Logistics, l’exprime sans ambages : « Les compagnies ont appris à gérer leur capacité pour éviter une chute brutale des prix comme avant la pandémie ».

Mais loin du Pacifique, la guerre commerciale n’est pas sans effets. La stratégie de redéploiement des navires vers d’autres routes adoptée par de nombreuses compagnies exerce une pression à la baisse sur les taux. C’est notamment le cas sur la route Asie-Europe ! Depuis début mai, les tarifs chutent : -5 % sur Shanghai–Rotterdam, ou -4 % sur Shanghai–Gênes. Malgré les blank sailings, les routes vers l’Europe du Nord sont en situation de surcapacité, en particulier parce que la demande est plutôt faible. En cause ? La consommation morose des Européens, inquiets du contexte géopolitique et commercial.

Bref, de Rotterdam à Shanghai, le monde entier reste suspendu aux négociations tarifaires entre les États-Unis et la Chine…

Bouchons en Europe du Nord

De nombreuses compagnies l’annonçaient depuis la mi-avril. Et cela s’est réalisé : Anvers, Rotterdam, Hambourg, Brême… les principaux hubs portuaires européens sont saturés. Les causes ? Un enchaînement de grèves ; des surcharges logistiques ; et des tensions sur les chaînes d’approvisionnement.

Le port d’Anvers a été quasiment paralysé la semaine dernière par une grève nationale en Belgique, la quatrième en deux mois. Le 29 avril, le trafic maritime y était « totalement bloqué » selon l’autorité portuaire : 100 navires étaient en attente d’une place à quai ou d’une autorisation de départ. Et les perturbations ne se limitent pas à la Belgique ! À Hambourg, les délais d’attente montent jusqu’à cinq jours. À Rotterdam, les temps moyens de traitement explosent, aggravé par des pénuries de personnel à cause des jours fériés. La hausse du trafic depuis un an peine à être absorbée.

Les causes de cette crise sont nombreuses : dissolution de l’alliance maritime 2M ; réorganisation des liaisons, par exemple avec Gemini Cooperation qui réunit Maersk et Hapag-Lloyd ; ou encore les faibles niveaux du Rhin qui limitent le fret fluvial… Sans parler de la saturation du fret ferroviaire très affecté par des glissements de terrain près de Hanovre.

La situation pourrait empirer. Pour Peter Sand, analyste en chef chez Xeneta : « Si les ports n’ont pas résorbé leur retard d’ici mi-juin, ce sera un carnage. » Tout le monde regarde avec inquiétude les cargaisons chinoises qui pourraient être détournées des États-Unis vers l’Europe si le contexte de tensions commerciales et géopolitiques n’évolue pas ou empire.

Bref, avis de tempête pour la logistique européenne jusqu’à l’automne.

Vers où voler ?

Vendredi 2 mai, l’exemption de minimis sur les envois postaux inférieurs à 800 dollars en provenance de Chine et de Hong Kong vers les États-Unis, a finalement été supprimée — plusieurs mois après l’annonce de la décision. Les colis concernés seront désormais taxés à hauteur de 120 % de leur valeur ou 100 dollars par article. Ce seuil grimpera à 200 dollars dès le 1er juin. Cette mesure ciblée a un impact extrêmement fort. Pour Niall van de Wouw, directeur du fret aérien chez Xeneta, « Cela revient à supprimer les de minimis pour tous les pays tant la Chine domine ce segment ». La situation est d’autant plus compliquée que les contrats de long terme passés par certaines compagnies restent valables…

Depuis, le secteur du fret aérien compte les points. Derek Lossing, expert chez Cirrus Global Advisors, il y aura une baisse de 90 % des vols transpacifiques liés au e-commerce. Cela représente un manque à gagner de 22 milliards de dollars pour le secteur sur trois ans ! Un signe ne trompe pas : UPS, FedEx et DHL vont d’ores et déjà réduire leur nombre de vols quotidiens entre l’Asie et les États-Unis.

Face à cette contraction brutale, les compagnies doivent réallouer leur capacité — un phénomène également observé sur les routes maritimes. Le PDG de Cargolux, Richard Forson, constate une chute significative des départs depuis Anchorage (Alaska) : sept cargos de moins par jour. La réorientation se fait vers l’Europe, l’Afrique et l’Amérique latine. Des stratégies de contournement se mettent également en place. L’Inde émerge déjà comme un futur pôle stratégique : Apple va y localiser sa production d’iPhones à destination du marché américain.

👋 À la semaine prochaine, L’équipe du Chargeur

Sources

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