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Le Chargeur · n°226 · 14 mai 2025

Habemus Deal !

Le chiffre de la semaine

8,1% Selon Pékin, il s’agirait du bond des exportations chinoises en avril, un chiffre quatre fois supérieur aux prévisions des analystes. Toutefois, les exportations vers les Etats-Unis ont chuté de près de 18 % pendant la même période.

Le mot de la semaine

« Les États-Unis vont modifier l’application du droit de douane ad valorem supplémentaire sur les produits en provenance de Chine ». Déclaration de la Maison Blanche le lundi 12 mai suspendant effectivement la guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis.

Des taux stables… pour combien de temps ?

La semaine du 5 mai a été marquée par une étonnante stabilité des taux de fret maritime. C’est notamment le cas sur les grandes routes commerciales. Selon Xeneta, les niveaux de capacité comme de prix restent inchangés. De son côté, le Shanghai Containerized Freight Index (SCFI) n’a enregistré qu’une légère hausse sur les routes transpacifiques, sans impact sur le marché. Vers l’Europe du Nord, la tendance baissière dont nous vous parlions la semaine passée semble même devoir s’installer. Pour nombre de professionnels, cette accalmie est bienvenue après des mois de volatilité.

Mais il faut se méfier des taux stables comme de l’eau qui dort. Cette sérénité pourrait être de courte durée. La suspension pour 90 jours de la guerre douanière entre les États-Unis et la Chine, qui s’appliquera à partir du 14 mai, pourrait provoquer une flambée temporaire des volumes d’échanges. De fait, les baisses colossales des tarifs créent une fenêtre d’opportunité pour les exportateurs, dans un climat général d’incertitude. Pour Peter Sand, analyste en chef chez Xeneta, « les chargeurs profiteront de ce répit pour expédier autant que possible ». Malgré la prudence affichée par de nombreux professionnels, cela pourrait faire rapidement grimper les taux.

Selon Lars Jensen, CEO de Vespucci Maritime, cette ruée vers les produits chinois pourrait également provoquer des congestions dans les ports américains d’ici trois à six semaines — un phénomène déjà répandu dans les ports européens. À Anvers, les navires attendent en moyenne quatre jours ; au Havre, cinq. Alors que certaines lignes transatlantiques affichent déjà complets jusqu’au mois de juin, d’importantes surcharges de haute saison (peak season surcharge) sont attendues dans les semaines qui viennent vers les États-Unis.

Les situations commerciale et géopolitique sont plus que jamais liées — et elles affecteront les taux dans les semaines à venir.

Des accords en trompe-l’œil ?

Des deals comme s’il en pleuvait… La semaine passée a été marquée par une pluie d’accords impliquant les États-Unis.

Le plus notable est bien sûr la trêve tarifaire de 90 jours conclue avec la Chine. Les termes ont été précisés lundi 12 mai. Les deux pays ont annoncé réduire massivement leurs droits de douane réciproques : 30 % côté américain (contre 145 % auparavant) et 10 % côté chinois (contre 125 %). Alors que les échanges étaient quasiment figés, cette détente est bien accueillie: alors que les stocks s’accumulaient dans les ports chinois, les échanges devraient vite repartir. Le signe le plus manifeste de reprise vient du e-commerce, dont la capacité fret a bondi de 60 % en 24 heures.

Deux jours plus tôt, Washington annonçait la signature d’un accord bilatéral avec la Grande-Bretagne sur l’automobile et l’acier. Le tarif de 27,5 % qui pesait sur les voitures britanniques est abaissé à 10 % pour les 100 000 premiers véhicules importés chaque année. De leur côté, la Grande-Bretagne supprime un droit de 20 % sur le bœuf américain. Pour Adrian Mardell, CEO de Jaguar Land Rover (JLR), principal bénéficiaire de l’accord, cet accord devrait « sauver 250 000 emplois directs et indirects » au Royaume-Uni. Les amateurs américains continueront néanmoins de payer leurs voitures britanniques environ 7,5 % plus cher qu’en mars.

Enfin, une percée diplomatique inattendue est venue du Yémen. Les États-Unis et les Houthis ont annoncé un cessez-le-feu après sept semaines de frappes américaines intenses. Les contours restent néanmoins très flous, Washington affirmant que les Houthis avaient « capitulé », tandis que ces derniers parlent d’un « retrait américain ». Ambiance… L’accord exclut également tout engagement concernant Israël, où il a été très mal reçu. Les observateurs restent prudents face à cette baisse de tension en mer Rouge : selon EOS Risk Group, l’impact sur les routes commerciales sera minime dans l’immédiat. Et Maersk a déjà annoncé qu’elle continuerait de contourner cette voie.

Alors que penser de cette cascade de deals ? Ils pourraient fluidifier certains flux commerciaux, mais rien ne dit que les effets seront pérennes. Après les deux derniers mois, l’incertitude géopolitique et commerciale demeure la règle : à l’exception du cas britannique, tous les accords sont temporaires. Jack Kennedy, responsable de l’analyse risque pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord chez S&P Global Market Intelligence, ne dit pas autre chose : « il s’agit d’une désescalade pragmatique, pas d’un chemin vers la paix durable ».

Vers une marginalisation de l’axe transpacifique ?

La suspension temporaire de la guerre douanière entre Washington et Pékin ne règle pas tout et le fret aérien entre la Chine et les États-Unis reste sous tension. La fin de l’exemption de minimis a entraîné l’annulation d’environ 40 vols cargo quotidiens entre la Chine et les États-Unis : cela représente une chute de 40 % de la capacité sur cet axe ! Cette raréfaction de l’offre et la réduction temporaire des droits de douane — et des de minimis — pourraient faire grimper les prix sur cet axe. Les compagnies s’attendent en effet à une forte hausse de la demande à court terme, d’autant que les exportateurs chinois chercheront à expédier beaucoup avant la fin de l’échéance de 90 jours.

Dans un contexte qui reste fortement tendu, l’Europe apparaît comme une voie de délestage stratégique pour les compagnies. Le corridor Chine-Europe enregistre un redéploiement des capacités dédiées aux États-Unis. Si la demande remonte progressivement, la hausse des tarifs y reste mesurée. Cela tient à la volonté des compagnies de compenser les pertes du printemps. D’autres axes se développent et contribuent à lancer la réorganisation des flux : entre pays asiatiques et depuis les États-Unis et l’Europe vers l’Inde. Même si elle devait s’arrêter, la guerre douanière aura eu une conséquence : l’axe transpacifique n’est plus aussi central.

👋 À la semaine prochaine, L’équipe du Chargeur

Sources

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