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Le Chargeur · n°227 · 21 mai 2025

Les taux à marée haute ?

Le chiffre de la semaine

30% La capacité de fret aérien entre la Chine et les États-Unis a chuté de près d’un tiers entre la suppression effective des de minimis le 2 mai et la relative détente du 13 mai dernier.

Le mot de la semaine

« Il y a un nouveau gouvernement qui, espérons-le, réussira ». Donald Trump annonçant mercredi 14 mai à Riyad que les États-Unis suspendaient leurs sanctions vis-à-vis de la Syrie.

GRI en vue !

La trêve commerciale de 90 jours décidée par les États-Unis et la Chine la semaine dernière a provoqué un emballement soudain sur les lignes transpacifiques. Depuis l’annonce d’un allègement des droits de douane, les réservations vers les États-Unis ont bondi : à peine deux jours après les annonces de la Maison Blanche, Hapag-Lloyd évoquait ainsi une hausse de 50 %. D’autres compagnies observaient un doublement de la demande. Bref, pour Robert Khachatryan, dirigeant de Freight Right Global Logistics, « tout le monde cherche à faire partir ses marchandises avant un éventuel retour des surtaxes en août ». Autrement dit, cette frénésie est un marqueur de l’incertitude persistante des professionnels du fret maritime.

Dans ce contexte, les principales compagnies – CMA CGM, MSC, Hapag-Lloyd, ONE, Zim – ont notifié des hausses générales de tarifs (GRI) dès le 1er juin. Un second relèvement est prévu à la mi-juin. Selon Sea-Intelligence, ces augmentations sont la conséquence d’une demande en forte tension. Sa hausse est estimée entre +16 % et +48 % en fonction de la part des volumes excédentaires stockés en Chine qui serait expédiée. Ruben Huber, fondateur d’OceanX, évoque même « un pic de saison avancé ». Celui-ci serait fortement conjoncturel puisqu’il a été déclenché par la fenêtre de stabilité ouverte par l’accord sino-américain.

Face à cet afflux soudain, les compagnies redéploient logiquement des capacités vers les routes Chine-États-Unis. Maersk annonce avoir affecté des navires plus importants, tandis que l’alliance Premier relance une ligne suspendue entre la Chine et les États-Unis. En parallèle, la capacité sur les lignes Asie-Europe reste globalement stable. Elle pourrait même être en recul dans les mois à venir. En effet, les compagnies maintiennent des blank sailings vers l’Europe du Nord : la capacité de fret pourrait y chuter de 10 % en juin selon Sea-Intelligence. La dynamique actuelle des routes transpacifiques redessine rapidement les équilibres mondiaux du transport maritime. Reste à savoir combien de temps cela durera.

Savoir naviguer en eaux vives

Dans un contexte géopolitique difficile, la compagnie française CMA CGM fait montre d’une véritable résilience. Vendredi dernier, le groupe marseillais a annoncé ses résultats pour le premier trimestre 2025. Il a vu son chiffre d’affaires grimper de 12,1 %, à 13,26 milliards de dollars, et son bénéfice net bondir à 1,12 milliard de dollars, contre 785 millions un an plus tôt. D’autres chiffres permettent de mesurer la bonne santé du groupe. Sa division maritime, en ligne avec la croissance mondiale du secteur (+4,2 %), a transporté 5,85 millions de conteneurs EVP, avec une rentabilité en forte hausse. Le revenu moyen par conteneur a grimpé de 7,1 %.

Face aux multiples bouleversements que connaît actuellement le commerce international – attaques en mer Rouge, qui viennent de prendre un nouveau tour avec l’annonce par les Houthis d’un « blocus » sur le port de Haïfa ; incertitudes douanières ; guerre commerciale avec la Chine – CMA CGM entend redéployer sa flotte pour éviter l’augmentation des appels de port sur les navires construits en Chine. La direction mise également sur la flexibilité opérationnelle, le contrôle des coûts et une diversification des activités — logistique, fret aérien, médias — pour limiter les risques. Bref, le groupe affiche une ligne claire : maintien de sa compétitivité par l’innovation technologique, notamment via l’IA, et renforcement de ses positions dans les marchés porteurs (États-Unis, Inde, Turquie). « Dans un contexte instable, nous avons donné une performance solide », a résumé Rodolphe Saadé.

Un fret aérien en berne

Dans le climat d’instabilité créé par les décisions successives — et souvent contradictoires — de l’administration américaine, les professionnels du secteur aérien privilégient le marché au comptant plutôt que les contrats longue durée. Brandon Fried, directeur exécutif de l’Air Forwarders’ Association s’exprime sans ambiguïtés : « Personne ne sait ce qui peut sortir de la Maison Blanche dans 90 jours ». Dans ce contexte, certains clients acceptent encore de signer des contrats pour 30 jours, mais les engagements annuels apparaissent comme trop risqués. La suspension des surtaxes douanières pousse en effet les acteurs à éviter tout engagement structurel qui pourrait se retourner contre eux si les négociations sino-américaines ne devaient pas aboutir. Compagnies échaudées craignent l’eau froide… D’autant que le Congrès pourrait définitivement supprimer les de minimis en 2027.

Face à l’incertitude tarifaire et à la volatilité des flux, les comportements varient en fonction des clients. « Nous observons toute la palette des réactions », indique Stephanie Abeler, vice-présidente Amériques de Lufthansa Cargo. Elle parle aussi bien de stratégies attentistes que d’affrètements urgents. Dans ce contexte, tout le monde observe les négociations entre les États-Unis et la Chine. Et Brandon Fried de conclure : « Si vous supprimez les de minimis et augmentez les tarifs douaniers, la demande va s’effondrer. J’aimerais que le président le comprenne — mais peut-être que cela fait partie de la stratégie. »

Un remorqueur à la pointe de la décarbonation

Le port d’Anvers-Bruges a inauguré le Volta 1. Il s’agit du premier remorqueur 100 % électrique d’Europe. Son dévoilement s’inscrit dans une stratégie de neutralité carbone prévue à l’horizon 2050. Conçu par Damen, il est doté d’une batterie de 2 782 MWh offrant 12 heures d’autonomie et d’une capacité de remorquage équivalente à celle d’un navire diesel. Cette mise en service s’accompagne de cinq autres unités RSD (Reversed Stern Drive) à haut rendement. Il s’agit de renouveler en profondeur une flotte de remorqueurs qui est responsable de 85 % des émissions du port. Après avoir dévoilé le Hydrotug (à hydrogène) et le Methatug (au méthanol), Anvers-Bruges continue de se positionner comme un acteur clé de la transition verte des ports européens.

👋 À la semaine prochaine, L’équipe du Chargeur

Sources

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