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Le Chargeur · n°230 · 11 juin 2025

Une nouvelle épidémie qui pèse sur les taux

Le chiffre de la semaine

13 % Après l’instauration des tarifs douaniers, les importations de conteneurs aux États-Unis ont chuté de 13 % sur un an selon le Container Trade Statistics.

Le mot de la semaine

« Des règles déséquilibrées pénaliseraient les pionniers plutôt que de les encourager ». Rodolphe Saadé, CEO de CMA CGM, s’exprimant à propos de la tarification du carbone dans un texte publié à l’occasion de la 3e Conférence des Nations unies sur l’océan (UNOC).

Une haute saison sous haute tension

Les taux flambent à l’approche de l’été. D’un côté, des effets de structure sont en cause : il faut compter avec la forte demande liée à la préparation des fêtes de fin d’année. De l’autre, il y a l’épidémie de congestion portuaire qui s’étend. Après l’Europe, c’est au tour des grands ports asiatiques: à Shanghai, la durée moyenne d’attente est d’environ 5 jours ; à Singapour, les transbordements peuvent parfois dépasser deux semaines d’attente.

Dans ce contexte, les compagnies ont appliqué de nouvelles hausses tarifaires (GRI) qui semblent tenir, d’autant que tout le monde veut profiter de la trêve douanière entre les États-Unis et la Chine. Ces augmentations – parfois supérieures à 30 % – concernent les routes Asie-Europe et transpacifiques, où les navires affichent complet plusieurs semaines à l’avance. Peter Sand, analyste en chef chez Xeneta, résume clairement la situation : « Les compagnies répondent aux hausses tarifaires par l’urgence, dans l’espoir de profiter de la fenêtre douanière avant qu’elle ne se referme ».

La multiplication des Peak Season Surcharges (PSS) alourdit encore les taux. Elles s’appliquent en plus des GRI et visent à capter la rentabilité de la saison haute. CMA CGM a déjà annoncé des des PSS sur les routes vers la Méditerranée et l’Europe du Nord. D’autres compagnies devraient bientôt l’imiter. Cette pression tarifaire accrue de la part des compagnies tient aussi à la conjoncture : c’est une conséquence de la réduction des capacités disponibles, due à une redéploiement de navires vers la route transpacifique, plus lucrative.

Bref, cette hausse est conjoncturelle. Elle tient avant tout au moratoire douanier entre la Chine et les États-Unis. Et la situation pourrait brutalement évoluer. Ouvertes lundi 9 juin, les négociations à Londres entre Washington et Pékin s’annoncent tendues, alors que les Chinois agitent la menace de rétorsion sur les exportations de terres rares. Ces déclarations inquiètent deux secteurs clefs pour l’administration Trump : l’automobile et les nouvelles technologies. L’angoisse étreint aussi l’Europe : plusieurs fournisseurs, comme Magnosphere en Allemagne, ont alerté sur un risque imminent d’arrêt de production. De fait, si la Chine devait ralentir les licences d’exportation, c’est l’ensemble de la chaîne industrielle occidentale qui vacillerait. Quand bien même Donald Trump se serait montré optimiste avant ces discussions, la situation reste extrêmement précaire. Et les chaînes logistiques globales restent en première ligne.

Le pari de CMA CGM en mer Rouge

Depuis deux semaines, CMA CGM semble incliner en faveur d’un retour partiel vers le canal de Suez. Le 27 mai, le groupe marseillais annonçait la réintégration de cette route sur son service MEDEX reliant l’Inde, le Moyen-Orient et la Méditerranée. Le 7 juin, un navire de sa flotte, le Palleas, a quitté Nhava Sheva et il est censé passer par le canal trois semaines plus tard. Deux autres suivront, attendus début juillet. Cosco, partenaire sur ce service, confirme ce réalignement stratégique.

La direction reste prudente, parlant d’un « réajustement permanent à ce stade », mais ce mouvement s’inscrit toutefois dans le contexte de la trêve entre les États-Unis et les Houthis, dont nous vous parlions fin mai. Plus généralement, cela fait un an que l’on remarque un retour progressif du trafic en mer Rouge : +60 % depuis août 2024. Finalement, le rabais temporaire de 15 % sur les droits de passage offert par l’Autorité du canal d’Égypte a dû peser dans la décision.

Ce frémissement ouvrira-t-il la voie à d’autres armateurs ? Pour l’heure, Maersk dit ne pas avoir assez confiance pour relancer son activité dans cette zone. Même réserve chez les autres compagnies. Toutes considèrent que le cessez-le-feu est flou, d’autant que les Houthis considèrent toujours être en guerre avec Israël. Le retour de CMA CGM pourrait donc être isolé, du moins tant que les garanties de sécurité n’auront pas été renforcées.

Malgré un bon mois de mai, atterrissage difficile en vue

Le mois de mai a offert un répit inattendu au fret aérien : selon Xeneta, la demande a progressé de 6 % sur un an, alors même que la capacité reculait de 2 % et que le taux de remplissage restait stable à 57 %. Cette embellie tient à la conjoncture. Elle est portée par la hausse des expéditions d’urgence après la suspension temporaire des droits de douane entre les États-Unis et la Chine. Pour Niall van de Wouw, directeur du fret aérien chez Xeneta, « ce sursaut est davantage un effet de panique logistique qu’un réel signal de reprise ». Ceci étant dit, le taux moyen au kilo a baissé de 4% sur un an. C’est un signal que le marché reste plutôt fragile.

Malgré les turbulences à venir, alors que les négociations tarifaires sont loin d’être terminées, le fret aérien conserve une place incontournable. Comme le souligne Dan Morgan-Evans, directeur global chez Air Charter Service, les difficultés actuelles du commerce mondial devraient bénéficier au segment du « heavylift » — qui désigne le transport de charges exceptionnelles souvent vital pour des secteurs comme l’énergie ou les technologies de pointe. Pourquoi ? Et bien la raréfaction d’avions géants comme l’Antonov AN-124, à laquelle s’ajoute la demande croissante pour les énergies renouvelables, font que ce mode de transport est plus stratégique que jamais.

Eliska Hill, vice-président chez Air Partner, résume assez clairement la situation : « Le marché est tendu, mais il y aura toujours des situations où seul l’avion peut faire le travail ». Des raisons d’espérer, donc, pour un secteur sous tension.

Sauver les océans sur la Riviera

Pour sa troisième édition, la Conférence des Nations unies sur l’océan (UNOC) se tient à Nice du 9 au 13 juin 2025. Elle réunit 64 chefs d’État ou de gouvernement et plus de 12 000 délégués. Ce sommet vise à mobiliser la communauté internationale face à la dégradation alarmante des océans, face au réchauffement climatique, à la pollution plastique, à la surpêche et à l’exploitation des grands fonds. Il s’agit d’accélérer la mise en œuvre du traité sur la haute mer, dont la ratification par 60 États permettrait l’entrée en vigueur. D’autres engagements sont également attendus sur la création d’aires marines protégées, la régulation des activités minières sous-marines ou la limitation du chalutage de fond. Ce rendez-vous a aussi reçu le soutien de professionnels du secteur maritime, notamment Rodolphe Saadé, CEO de CMA CGM.

👋 À la semaine prochaine, L’équipe du Chargeur

Sources

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