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Le Chargeur · n°235 · 16 juillet 2025

Bruxelles brûle-t-elle ?

Le chiffre de la semaine

6.2 % C’est la baisse de tonnage prévue par les compagnies sur les routes transpacifiques en août alors que les taux de fret continuent leur baisse amorcée au mois de juin.

Le mot de la semaine

« La tactique de négociation actuelle n’a pas fonctionné et nous devons être plus fermes. » Dans un post sur LinkedIn, l’eurodéputée finlandaise Aura Salla, pourtant très favorable à Ursula von der Leyen, s’est montrée très critique de la stratégie de l’Union européenne depuis le début de la guerre douanière provoquée par Donald Trump en avril dernier.

La guerre sans fin des Houthis

Le 7 juillet, les Houthis ont attaqué des navires pour la première fois depuis décembre 2024. Tous deux opérés par des sociétés, le Magic Seas et l’Eternity C, ont subi des attaques extrêmement violentes. Le premier a été visé par des embarcations rapides et des tirs d’armes légères, conduisant à son abandon puis à son naufrage. Le second subissait une attaque d’une violence inédite impliquant six missiles et des bateaux-suicides télécommandés (des drone boats). Sur les quarante-neuf personnes à bord des deux bateaux, plusieurs dizaines ont pu être secourues, six, au moins, sont présumées otages, et neuf sont mortes ou portées disparues. Le 14 juillet, les recherches pour retrouver les disparus ont officiellement été interrompues.

Ces attaques sont toujours présentées comme des actions en soutien aux Gazaouis. Mais comme le suggère Ami Daniels, CEO de Windward, les Houthis ne se contentent plus de viser les navires ayant récemment accosté en Israël, ils s’en prennent désormais à tout vaisseau opéré par des compagnies dont un bâtiment aurait fait escale dans un port israélien. En d’autres termes, près d’un sixième de la flotte mondiale serait désormais une cible. Quelques semaines après la guerre des douze jours, le groupe yéménite cherche à démontrer sa capacité de nuisance persistante dans un contexte où d’autres milices pro-iraniennes sont affaiblies.

La conséquence la plus immédiate et durable de ces attaques est la confirmation que le trafic maritime via la mer Rouge ne reprendra pas en 2025. Bien que les compagnies soient restées très prudentes, l’absence d’incidents depuis décembre 2024 pouvait laisser entrevoir une possible normalisation du transit via le canal de Suez. Ces deux naufrages ont définitivement enterré cette hypothèse. Comme l’analyse Lars Jensen, fondateur de Vespucci Maritime, « le retour à la route du Suez n’est plus envisageable à court ni à moyen terme ». En l’état, le statu quo militaire, l’inefficacité des frappes israélo-américaines pour neutraliser les capacités des Houthis, et la poursuite des hostilités à Gaza semblent garantir que cette crise se poursuivra jusqu’en 2026 ​​– voire au-delà.

Qui veut la peau de Bruxelles ?

Samedi 12 juillet 2025, Donald Trump a brusquement annoncé, dans plusieurs lettres publiées sur son réseau Truth Social, l’imposition de droits de douane de 30 % sur l’ensemble des importations en provenance de l’Union européenne et du Mexique, à compter du 1er août. Invoquant des motifs de « sécurité nationale » pour justifier cette hausse drastique des tarifs douaniers, il a fustigé les déficits commerciaux persistants et « non réciproques » entre les États-Unis et l’Union. Trump accuse l’Europe d’ériger des barrières tarifaires et non tarifaires qui déséquilibrerait « profondément » la relation commerciale transatlantique.

Les dirigeants européens ont été pris de court. D’autant que les discussions semblaient progresser en coulisses et qu’un accord proche du modèle britannique – avec des droits limités à 10 % – était encore évoqué quelques jours auparavant : nombre de commentateurs s’en étaient félicités. Dans l’immédiat, la Commission européenne a réagi avec prudence : le but est de maintenir le dialogue ouvert, tout en avertissant que l’Union prendrait « toutes les mesures nécessaires pour défendre ses intérêts ». La stratégie trumpienne est claire : le chantage tarifaire doit permettre d’obtenir un accès renforcé à certains marchés ou d’obtenir des victoires dans d’autres dossiers.

Dans son commentaire de la lettre de Trump, la revue Le Grand Continent comparait les droits décidés par Trump à « tribut impérial – brutal, unilatéral, asymétrique ». Face à cet empire brutal, l’Union européenne paraît en réalité très hésitante. Pour l’instant, la Commission temporise et repousse au 6 août l’éventuelle riposte tarifaire. Les outils de rétorsion existent déjà : une liste à taxer de produits américains représentant 72 milliards d’euros d’importations est prête, incluant des produits aussi divers que des avions, du bourbon ou des services numériques. Tout en affirmant qu’il voulait tout faire pour trouver une solution avant le 1er août, le commissaire au commerce Maroš Šefčovič reconnaît que la détermination à agir a « significativement augmenté » parmi les États membres, mais plusieurs capitales, à commencer par Berlin, plaident encore pour un compromis… Tout cela révèle une faille profonde de l’Union européenne : bien que dotée d’un marché unique équivalent en puissance à celui des États-Unis, elle n’a toujours pas instauré un rapport de force crédible.

Loin des prudences diplomatiques, les sondages internes révèlent pourtant que 80 % des citoyens européens sont favorables à des mesures de rétorsion immédiates. La guerre est loin d’être finie.

Le Vietnam, un profiteur de guerre (douanière) ?

Donald Trump et son entourage sont convaincus que les énormes hausses douanières annoncées depuis juin profiteront aux États-Unis. Rien n’est moins sûr. Par contre, d’autres pays pourraient en bénéficier colossalement. Parmi eux, le Vietnam. Les importateurs américains réorientent leurs chaînes d’approvisionnement vers le Sud-Est asiatique : depuis le début de l’année 2025, les exportations vietnamiennes à destination des États-Unis ont bondi de 29 %, là où celles de la Chine reculaient légèrement. L’augmentation des droits de douane à 20 % sur les produits vietnamiens, prévue au mois d’août après l’accord entre le Vietnam et les États-Unis, ne devrait pas freiner cette dynamique : les tarifs appliqués au Vietnam restent inférieurs à ceux imposés à la Chine (+ 55 % à partir du 12 août). La compétitivité vietnamienne est ainsi confortée. L’explosion du fret aérien au départ de Hô Chi Minh-Ville – +62 % entre janvier et avril – confirme ce redéploiement logistique, notamment pour les produits électroniques et les semi-conducteurs. Le Vietnam est désormais considéré comme un hub industriel stratégique.

Cette réorientation commerciale soulève néanmoins une question épineuse : celle du transshipment, c’est-à-dire la réexportation de marchandises chinoises via le Vietnam pour contourner les taxes américaines. Pour contrer cette pratique, Donald Trump a annoncé un tarif punitif de 40 % sur les produits soupçonnés de n’être que des reconditionnements de biens chinois. Mais les critères d’application restent flous : à l’heure où la production en réseau international est devenue la norme, qu’est-ce qu’un produit véritablement « d’origine vietnamienne » ? Quel pourcentage de composants chinois sera toléré ?

Malgré ces incertitudes, une chose est claire : la montée en puissance de Hanoï comme plateforme d’exportation vers les États-Unis est structurelle. En 2024, le Vietnam représentait près de 10 % des importations maritimes américaines, contre moins de 4 % dix ans plus tôt. Quoi que fassent les États-Unis, la carte industrielle et commerciale de l’Asie est en train de se transformer. Cela pose une dernière question : comment la Chine réagira-t-elle à l’émergence de ce nouveau concurrent ?

👋 À la semaine prochaine, L’équipe du Chargeur

Sources

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