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Le Chargeur · n°236 · 23 juillet 2025

Taux-nerre sous les tropiques.

Le chiffre de la semaine

819 131 Le nombre total de conteneurs en EVP importés dans les ports de Los Angeles et Long Beach en juin. C’est une hausse de 25 % par rapport au mois de mai 2025, mais une baisse de 3 % par rapport à juin 2024.

Le mot de la semaine

« Probablement 10 ou 15 %, nous n’avons pas encore décidé. » Dans un entretien avec Real America’s Voice, Donald Trump s’est exprimé sur ses projets d’instaurer un taux de tarif douanier uniforme pour plus de 150 pays.

La saga des taux continue pendant l’été 2025

Sur les routes Asie–Europe et Europe–États-Unis, les tensions restent vives sur les taux. Entre l’Asie et l’Europe, les capacités sont sous pression : les navires sont saturés jusqu’à mi-août. Mais des premiers signes de détente apparaissent. Selon le SCFI (Shanghai Containerized Freight Index), les taux vers l’Europe du Nord ont commencé à baisser. Un moindre usage des navires depuis la semaine dernière pourrait suggérer un reflux anticipé de la haute saison.

De l’Europe vers les États-Unis, la situation est plus fragmentée : les ports du Nord-Est américain restent engorgés, contrairement aux ports du Sud vers lesquels les compagnies affichent des baisses tarifaires de l’ordre de 15 %. La situation est compliquée par l’annonce de la hausse tarifaire de 30 % sur les produits européens à partir du 1er août. En déclenchant une ruée ponctuelle sur les expéditions, cela accentue la pression logistique à court terme.

Sur les voies transpacifiques, les taux continuent de baisser. La semaine dernière, l’indice SCFI a de nouveau perdu 5 %. De fait, le maintien d’un excédent de capacité compromet toute tentative de hausse des taux à la mi-juillet. Le volume de « blank sailings » atteint 11 % de la capacité totale vers la côte Ouest américaine, contre 9 % en juin, mais les affrètements restent néanmoins élevés et les armateurs continuent à commander des navires et à investir. Cette inertie offre peu de flexibilité face aux variations de la demande, alors même que les expéditions en provenance d’Asie se sont effondrées depuis le début de la guerre douanière : –8 % en avril, –15 % en mai, selon Container Trade Statistics.

Lars Jensen, fondateur de Vespucci Maritime, remarque que cette volatilité, alimentée par les crises géopolitiques, empêche toute stabilisation logistique durable. Après un moment de frontloading en mai-juin, les importateurs américains ont donc adopté une posture attentiste. Les pics et creux de la demande, accentués par les difficultés des compagnies à ajuster rapidement leur offre, provoquent des vrais déséquilibres. Pour Lars Jensen, ce phénomène sera amené à se répéter, avec des flambées ponctuelles de taux suivies de corrections brutales. Dans ce contexte chaotique, les hausses tarifaires annoncées pour le 1er août sur les produits chinois, européens et mexicains devraient renforcer l’instabilité…

Le canal de la discorde

Il y a deux semaines, Le Chargeur vous parlait des projets du gouvernement panaméen pour assurer le futur du canal… Mais en attendant la réalisation de ces projets, la situation de ce lieu stratégique dans le commerce global cristallise les tensions géopolitiques entre les États-Unis et la Chine. En mars, le conglomérat hongkongais CK Hutchison annonçait la vente de 80 % de ses actifs portuaires – soit 43 ports dans 23 pays, dont deux au Panama – à un consortium composé de BlackRock et de MSC. Initialement peu impliquée, la Chine menace désormais cette opération, valorisée à 22,8 milliards de dollars, en conditionnant son approbation à l’entrée de la compagnie chinoise Cosco au capital, selon le Wall Street Journal. Si BlackRock, MSC et Hutchison se disent ouverts à une participation chinoise, les négociations exclusives, qui doivent s’achever le 27 juillet, laissent peu de marge pour aboutir à un nouvel accord dans les délais.

Ce bras de fer géopolitique est indissociable de la double crise que traverse le canal de Panama. D’abord, la sécheresse persistante a provoqué une baisse de 36 % du trafic en un an, perturbant les chaînes logistiques mondiales. À partir du mois de mai, le canal a connu une forme de reprise : les transits ont connu un rebond de près de 25 %. Par ailleurs, l’implication croissante d’acteurs chinois dans les ports stratégiques du canal alimente la méfiance de Washington. Donald Trump avait ainsi qualifié la vente à BlackRock et MSC de « récupération » du canal face à l’influence chinoise, et a exprimé son intention de reprendre le contrôle de la zone, démontrant une nouvelle prétention impériale dans les territoires (Panama, Groenland, Canada) jugés stratégiques par la Maison Blanche… Dans ce contexte, l’entrée de Cosco au capital des ports panaméens pourrait être très mal interprétée par Donald Trump et mener à une nouvelle flambée de tensions entre la Chine et les États-Unis.

¡Que viva México!

Les États-Unis imposent des sanctions aux compagnies aériennes mexicaines. Le Mexique est en effet accusé par l’administration Trump d’avoir violé l’accord bilatéral de 2015 sur le transport aérien. Au cœur du litige : le transfert forcé de toutes les opérations cargo de l’aéroport principal de Mexico vers l’aéroport secondaire Felipe Ángeles en 2023 (AFIA), un site encore sous-développé. Cette décision, prise sans concertation, aurait entraîné des coûts opérationnels majeurs pour les compagnies américaines et une perturbation significative du marché. En réponse, le Département des Transports (DOT) exige désormais que les compagnies mexicaines soumettent tous leurs plannings de vols pour qu’ils soient validés. Il interdit aussi les vols charters opérés par de gros porteurs sans autorisation préalable et il envisage de retirer l’immunité antitrust du partenariat Delta–Aeromexico.

Dans ce dossier, l’administration Trump est soutenue par les compagnies américaines, affirme. Le président de la Cargo Airline Association a salué une décision qui « rétablit l’équité » et envoie un signal dissuasif à d’autres gouvernements susceptibles d’agir de manière similaire. Le Mexique, de son côté, conteste ces accusations. Au-delà du cas mexicain, Washington avertit aussi les pays européens que des restrictions unilatérales visant à limiter le bruit autour des aéroports pourraient entraîner des mesures de rétorsion. C’est notamment le cas des Pays-Bas. Ce bras de fer témoigne d’une volonté américaine de durcir la défense de ses intérêts économiques dans l’aviation civile.

👋 À la semaine prochaine, L’équipe du Chargeur

Sources

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