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Le Chargeur · n°238 · 3 septembre 2025

Bas taux sur l’eau

Le chiffre de la semaine

4,500,000 Selon Linerlytica, c’est la capacité de porte-conteneurs, en équivalents vingt pieds (EVP), qui devra être mise à la casse d’ici 2030 afin de compenser le boom actuel des commandes de nouveaux navires.

Le mot de la semaine

« TOUS LES TARIFS DOUANIERS SONT TOUJOURS EN VIGUEUR ! » Le 29 août, Donald Trump s’est exprimé sur son réseau Truth Social pour réagir à une décision de justice déclarant illégales certaines des surtaxes douanières qu’il avait imposées. Le dossier sera examiné par la Cour suprême en octobre.

Baisse des taux, vers une nouvelle normalité ?

Sur l’axe Asie-Europe, les taux de fret continuent de décliner. Le léger sursaut enregistré cette semaine par l’indice SCFI ne change rien à l’affaire : les onze semaines de baisse sont parties pour continuer. Comme le note Lars Jensen, fondateur de Vespucci Maritime, la haute saison aura duré peu de temps : MSC a déjà annulé plusieurs traversées, plusieurs semaines avant la Golden Week chinoise. Cette décrue reflète le reflux de la demande. Linerlytica remarque un recul important des volumes de réservation – entre 5 et 20 % en quelques semaines. Drewry prévoit également de nouvelles baisses dans les prochaines semaines.

La situation est encore plus critique sur les routes transpacifiques. Lars Jensen fait par exemple remarquer qu’après des semaines de baisse, les tarifs s’y rapprochent désormais des niveaux d’avant la crise de la mer Rouge, une période qui avait été caractérisée par de fortes surcapacités. De son côté, Peter Sand (Xeneta) fait remarquer que « le quatrième trimestre sera de nouveau déficitaire, malgré des bénéfices engrangés plus tôt dans l’année ». Selon John McCown, fondateur de Blue Alpha Capital, note que, sur cette route, les importations vers les États-Unis pourraient plonger de 17,5 % entre août et décembre. Si elle devait effectivement se produire, cette contraction serait inédite par son ampleur. Le secteur doit se préparer à un quatrième trimestre dominé par les blank sailings et une pression accrue sur les prix.

Sur la route transatlantique, les taux sont plus stables, quand bien même ils stagneraient à des niveaux jugés peu rentables depuis plusieurs semaines. Dans un contexte d’autant plus tendu que les compagnies se livrent à une concurrence féroce, celles-ci tentent de freiner l’érosion de leurs marges : Hapag-Lloyd a récemment lancé un programme de réduction des coûts avec comme objectif d’économiser un milliard d’ici à la fin de 2026. Il n’en reste pas moins un problème épineux : la surcapacité. Pour l’instant, les compagnies n’ont pas trop cherché à couper l’offre surcapacitaire, mais cela pourrait devenir un enjeu fondamental : pour Sea-Intelligence, l’offre mondiale de capacité devrait encore progresser de 5 à 8 % par an dans les prochaines années. Difficile d’imaginer la demande suivre ce rythme. Bref, la baisse des taux pourrait être symptomatique d’une véritable transformation structurelle.

Une guerre sans fin

La guerre douanière est loin d’être finie. En Europe, les socialistes européens sont vent debout contre le deal signé par la Commission européenne cet été… Pourront-ils faire capoter le deal ? Mais ce n’est pas l’épisode le plus important de ce feuilleton sans fin. Les hausses de droits de douane décidées par Donald Trump sont désormais suspendues au verdict de la Cour suprême. La Cour d’appel fédérale du circuit de Washington a jugé illégales la plupart de ces « tarifs réciproques » : selon une partie des juges, le président aurait outrepassé ses pouvoirs en mobilisant l’International Emergency Economic Powers Act (IEEPA) de 1977. La décision des juges souligne notamment que l’IEEPA ne mentionne ni droits de douane ni taxes, et que « le pouvoir de lever l’impôt appartient au Congrès ». Les tarifs visés par cet arrêt – notamment ceux qui pèsent sur la quasi-totalité des importations américaines et sur le fentanyl en provenance du Mexique et du Canada – resteront en vigueur jusqu’au 14 octobre, date à laquelle la Cour suprême devrait donner sa décision !

Celle-ci pourrait faire date tant l’enjeu est colossal. Si la Cour suprême validait les hausses, cela renforcerait la latitude présidentielle en matière de politique commerciale, ce qui donnerait une marge de manœuvre nouvelle à Donald Trump pour remodeler l’ordre économique global, tandis qu’une invalidation pourrait ouvrir la voie à des demandes massives de remboursement et fragiliser un pilier du programme économique de Trump.

Du côté de l’administration américaine, le secrétaire au Trésor Scott Bessent se dit confiant que la Cour suprême validera ces mesures au nom de l’urgence économique et sanitaire. Il a notamment rappelé les 70 000 morts annuels liés au fentanyl, l’une des premières causes invoquées par Donald Trump pour augmenter les tarifs douaniers : « Si ce n’est pas une urgence nationale, qu’est-ce que c’est ? ». En ligne avec la doctrine douanière de l’administration, il préparerait un mémoire insistant sur l’ampleur croissante des déficits commerciaux, assimilés à une menace pour la sécurité nationale. Dans l’hypothèse où la Cour Suprême trancherait contre les tarifs douaniers, Bessent a également esquissé un plan B : le recours à une loi de 1930 (Smoot-Hawley), qui permet des surtaxes temporaires de 50 % en cas de discrimination commerciale.

Une chose est certaine : rien ne sera terminé le 14 octobre prochain.

Y a-t-il un pilote dans l’avion ?

C’est la fin d’un été paradoxal pour le fret aérien. D’un côté, la saison a été marquée par une hausse ponctuelle des volumes échangées. De l’autre, l’incertitude tarifaire a plombé de nombreux acteurs.

Selon l’International Air Transport Association (IATA), la demande mondiale a progressé de 5,5 % en juillet en tonnes-kilomètres. Elle a notamment été portée par l’axe Asie–Europe et le frontloading avant l’entrée en vigueur des nouvelles surtaxes américaines. Willie Walsh, directeur général de l’association, a toutefois prévenu que les résultats d’« août refléterait mieux les conditions de marché ». À la fin du mois, les premiers chiffres sur l’axe Asie–Amérique du Nord enregistrent déjà un recul de 1 % sur un an. De ce point de vue, la fin de l’exemption de minimis, entrée en vigueur il y a quelques jours, a brutalement freiné le commerce transpacifique…

Face à l’effondrement du flux Chine–États-Unis, les compagnies doivent redéployer leurs capacités vers d’autres territoires, que ce soit l’Amérique latine ou l’Europe. Malgré des taux de fret globalement stables au départ de Hong Kong – effet d’une saison creuse –, la recomposition géographique s’accélère, tout particulièrement sur le continent asiatique : Vietnam, Thaïlande et Malaisie gagnent en importance, portées par l’électronique et les serveurs d’IA. L’instabilité n’en demeure pas moins la règle. Elle est portée à la fois par l’incertitude tarifaire et le risque inflationniste, qui affecterait notamment les coûts de maintenance.

Bien malin qui pourra dire aujourd’hui de quoi sera fait l’été 2026 du secteur aérien.

👋 À la semaine prochaine, L’équipe du Chargeur

Sources

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