Le Chargeur · n°244 · 15 octobre 2025
Des taux imprévisibles jusqu'à décembre ?
- L'essentiel en un clin d'oeil 🚢 Vers une nouvelle hausse ?
- 🇺🇸 Ave Trump !
- ✈️ Découvrez l'axe carioca.
Le chiffre de la semaine
100 % C’est le taux supplémentaire que le président Trump menace d’appliquer à l’ensemble des importations chinoises à partir du 1er novembre. C’est une nouvelle escalade dans la guerre commerciale entre Washington et Pékin, qui intervient dans un contexte économique difficile pour la Chine. Elle intervient en réaction au resserrement des contrôles à l’exportation sur les terres rares décidé par le gouvernement chinois la semaine dernière.
Le mot de la semaine
« C’est littéralement un embargo. Qui fera encore des affaires avec la Chine ? » Alan Chau, un fabricant de jouet du sud de la Chine, à propos de la reprise du conflit douanier avec les États-Unis.
Des taux bientôt à la hausse ?
La baisse des taux ralentit nettement , à 1 ou 2% par semaine sur les principaux axes est-ouest. Sur la route transpacifique, et après des semaines de chute libre, ils se sont désormais stabilisés autour du plancher de janvier 2024. Sur la route Asie-Europe, où l’érosion a été plus lente, ils ont encore reculé de 2% la semaine dernière. Les compagnies maritimes continuent de chercher à enrayer ce processus : près de 7% des départs ont été annulés et des augmentations générales de tarifs (GRI) ont été annoncées pour cette semaine . Pour l’instant, des sources proches d’OVRSEA suggèrent qu’elles devraient tenir . Dans ce contexte, le marché semble s’orienter vers une phase d’équilibre fragile, où les ajustements tarifaires se feront plus lents. Cependant, l’annonce de tarifs américains à 100 % sur les importations chinoises et la riposte de Pékin par de nouvelles taxes portuaires pourraient provoquer une nouvelle tempête logistique . À court terme, les analystes anticipent une hausse ponctuelle des volumes de 5 à 8%. Celle-ci serait liée au phénomène de frontloading avant l’entrée en vigueur de nouvelles barrières douanières en novembre . À moyen terme, ce durcissement commercial entre les deux premières puissances mondiales pourrait avoir d’autres conséquences, en entraînant une baisse des échanges transpacifiques de 10 à 15% d’ici la fin de l’année, et une nouvelle pression à la baisse sur les taux dès le mois de décembre . Bref, l’équilibre des taux est plus que jamais suspendu à l’agenda commercial et géopolitique que fixent les États-Unis.
Caïus Julius Trump
La mutation impériale de l’administration Trump se précise. Sa nouvelle cible ? Les efforts internationaux de décarbonation du transport maritime . Celui-ci intervient à la veille d’un vote décisif à l’Organisation maritime internationale (IMO) sur le « Net-Zero Framework » . Cet accord vise à réduire de 17% les émissions du secteur d’ici 2028 et à atteindre la neutralité carbone en 2050. Mais Washington a menacé de sanctions lourdes tout pays qui voterait en faveur de cette mesure : le département d’État imposerait des droits portuaires punitifs, restreindrait les visas des équipages, voire bloquerait l’accès aux ports américains aux navires battant pavillon de pays soutenant le projet. En assimilant ce cadre climatique à une « taxe mondiale sur les consommateurs américains » , la Maison-Blanche reprend la logique qui a prévalu lors de l’imposition des surtaxes douanières au printemps dernier. Elle menace surtout de déstabiliser les chaînes logistiques américaines qu’elle prétend protéger . La volte-face américaine compromet un équilibre difficilement atteint entre ambitions environnementales et compétitivité économique . La détermination de l’administration Trump est manifeste, comme l’illustrent les menaces de représailles contre des États du pavillon, comme le Liberia, Panama ou les îles Marshall, auxquels est liée près de la moitié de la flotte mondiale . Si ces États devaient s’opposer au texte, celui-ci serait caduc de fait. Pour l’instant, l’Union européenne soutient pleinement l’accord, le considérant comme une étape clef pour « assurer des conditions de concurrence équitables » à l’échelle mondiale. Mais qu’en sera-t-il si les États-Unis maintiennent la pression ? Cette nouvelle escalade marque une nouvelle étape dans une présidence toujours plus impériale. Mais elle illustre aussi la contradiction stratégique des États-Unis : en cherchant à bloquer un règlement qui créerait une demande stable de carburants propres (hydrogène, ammoniac ou méthanol), Washington s’isole de la transition énergétique mondiale alors qu’elle était pourtant en mesure de diriger , d’autant que les politiques lancées par Joe Biden avaient fait des États-Unis un leader dans le secteur de l’hydrogène. En se retirant de ce mouvement, l’administration Trump cède le leadership technologique et industriel à la Chine, à l’Inde et au Brésil, qui investissent massivement dans les infrastructures du transport maritime vert . Ils ajoutent aussi de l’instabilité sur des chaînes logistiques déjà éprouvées par une année marquée par de nombreux chocs.
L’autre voie transatlantique
La tendance se précise depuis le printemps dernier : l’axe aérien entre l’Europe et l’Amérique latine est très demandé . Voici plusieurs mois que de nombreux acteurs, qu’il s’agisse de LatAm Airlines ou de TCE, annoncent leur volonté d’y investir plus de ressources. Pour Eduardo Rosa, directeur du développement export chez AGL Logistics au Brésil, « les échanges aériens entre l’Amérique latine et l’Union européenne progressent régulièrement depuis 2024, avec une demande croissante pour les produits à forte valeur ajoutée et à livraison rapide ». Avianca Cargo a ainsi lancé deux vols cargo hebdomadaires reliant Quito, Miami, Maastricht et Saragosse, transportant notamment des fleurs et des vêtements. Cette croissance est portée par la diversification des marchés et la stabilité supposée du continent européen . Alors que nombreux professionnels latino-américains cherchent à diversifier leurs marchés, l’Europe apparaît aussi comme un partenaire durable et moins volatil que les États-Unis . Le renforcement de la relation transatlantique sud s’appuie aussi sur des accords comme le futur traité UE–Mercosur, qui promet de simplifier les procédures et de réduire les coûts tarifaires. Cependant, la montée en puissance de ce corridor souffre d’un manque chronique de capacité . Les données de Rotate indiquent que la capacité en avions-cargos a chuté de 10% en un an depuis l’Amérique latine vers l’Europe. Selon AGL, une part importante du fret voyage encore en soute sur des vols passagers, rendant l’espace limité et saisonnier . Dans ce contexte, l’aéroport de Bruxelles renforce sa position : avec 15 rotations hebdomadaires vers l’Amérique du Sud, contre seulement quatre en mars 2024 . Nombreux sont les acteurs à espérer désormais que la capacité disponible augmente dans les mois qui viennent afin de suivre la demande .
Des nouvelles de Belgique
Depuis le 5 octobre 2025, la Belgique connaît une vague de grèves qui perturbe gravement les flux de fret dans les ports et les aéroports . Ce mouvement, initié contre la réforme des retraites, touche tout le secteur de la logistique. Les ports d’Anvers et de Zeebrugge ont été partiellement ou totalement paralysés . Des dizaines de navires sont en attente. À Bruxelles, l’aéroport a annulé plus de 300 vols , mais les opérations cargo restent épargnées. Seule Liège paraît fonctionner normalement. Ces grèves devaient se poursuivre jusqu’à ce matin, mais elle devrait aggraver la congestion qui touche la Belgique et le continent depuis le début de l’année .