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Le Chargeur · n°245 · 22 octobre 2025

L’ère de la contrebande légale ?

Le chiffre de la semaine

12.9% L’augmentation du Shanghai Containerized Freight Index la semaine dernière alors que les nouvelles annonces de hausses tarifaires entre la Chine et les États-Unis ont conduit à une baisse du nombre de navires disponibles.

Le mot de la semaine

« Il y a un plan. Il y a une date prévue. » Jamieson Greer, représentant des États-Unis pour le commerce extérieur, est resté très évasif quant à un possible rendez-vous entre Xi Jinping et Donald Trump sur fond de tensions commerciales entre les deux pays…

Bienvenue dans le nouveau monde !

À l’échelle globale, il n’est toujours pas facile de lire les taux de fret maritime. Sur l’axe Asie–Europe, les augmentations générales de tarifs (GRI) ont tenu . La demande semble s’être renforcée après la Golden Week chinoise, tandis que des réductions de capacité ont été opérées sur certaines lignes. De nouvelles GRI ont d’ores et déjà été annoncées pour le début du mois de novembre, alors qu’une partie des professionnels anticipent une peak season . La situation est beaucoup moins claire sur la route transpacifique : les taux avaient lourdement fléchi au début de la semaine dernière avant que l’incertitude réglementaire ne fasse augmenter les taux de près de 13% selon le Shanghai Containerized Freight Index (SCFI). Mais cela ne devrait pas durer, selon Linerlytica : la demande est trop faible dans une zone où l’incertitude tarifaire continue de peser lourd. En effet, la réactivation de tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine ébranle le monde. Souvenez-vous : au début du mois, l’entrée en vigueur de nouveaux appels de ports sur les navires en provenance de ou construits en Chine a été suivie d’une mesure équivalente imposée par Pékin sur les navires à participation américaine . Ces annonces ont encore renforcé le climat général de prudence alors que de nombreux services maritimes ont été réorganisés. L’annonce de nouvelles surtaxes douanières contre la Chine renforce encore ce climat d’incertitude alors que le début du mois de novembre pourrait voir la trêve commerciale sino-américaine voler en éclats. Tout le monde a des raisons de craindre un nouveau mois d’avril 2025, qui avait secoué toutes les chaînes logistiques globales. Face à cette instabilité tarifaire et réglementaire, les entreprises s’adaptent. Un article passionnant de L’Usine nouvelle revient ainsi sur les techniques utilisées par les industriels français pour sécuriser leurs flux et maîtriser leurs coûts . Sur le plan opérationnel, certaines reconfigurent leurs itinéraires ou diversifient leurs ports d’entrée afin de limiter les risques liés aux nouvelles mesures douanières . D’autres s’appuient sur des leviers existants pour optimiser leur valeur en douane : le recours à la règle du first sale permet par exemple de baser l’assiette des droits sur la première transaction dans une chaîne d’approvisionnement, souvent à un prix inférieur à celui payé par l’importateur final. De même, l’utilisation de foreign trade zones (FTZ) aux États-Unis permet de différer le paiement des droits , ce qui peut représenter un avantage en cas d’incertitude sur la destination finale ou sur les niveaux tarifaires à venir. Ces pratiques s’accompagnent parfois d’une requalification des produits pour bénéficier de taux préférentiels ou de l’exclusion de certains frais de la base taxable , comme le transport international ou les services immatériels. Bref, dans un environnement où l’incertitude est devenue le maître mot, il faut se faire un peu contrebandier… en restant dans les clous du droit américain, bien sûr.

Un canal. Mille questions.

Depuis l’annonce d’un cessez-le-feu à Gaza, l’industrie maritime a les yeux tourné vers la mer Rouge . CMA CGM et SeaLead ont prudemment rouvert des services dans cette zone. Ces routes, notamment la nouvelle structure du service Five Seas Express (5CX) de SeaLead, illustrent une volonté de tester la viabilité du passage, mais sans signaler pour autant une normalisation. Mais la plupart des autres grandes compagnies restent à l’écart : les attaques récentes de navires civils par les Houthis autant que la fragilité du cessez-le-feu à Gaza maintiennent un climat très incertain. Tout en échangeant avec le gouvernement égyptien, qui pousse pour une réouverture du canal de Suez, Maersk conserve une position résolument attentiste, tout en poursuivant ses investissements dans le terminal de Port-Saïd Est . La compagnie danoise fait clairement le pari d’une reprise lente, mais durable. C’est qu’après deux années de fermeture, la réouverture brutale du canal pourrait secouer le secteur. D’un côté, elle accélérerait la chute des taux de fret, qui sont déjà au plus bas depuis le début de la crise en Mer Rouge . De l’autre, elle inquiète en Europe à qui une réouverture du canal de Suez poserait de sérieux défis. Les calculs de Sea-Intelligence montrent qu’un basculement immédiat des flux entre l’Asie et l’Europe provoquerait une hausse de 60 % des volumes hebdomadaires . Ces 918 000 conteneurs à traiter pourraient semer le chaos en paralysant les ports du continent. Dans ces conditions, les terminaux européens, déjà fragilisés par la congestion du premier semestre, s’inquiètent d’une nouvelle saturation . Pour l’heure, c’est clairement la prudence domine. Des sources proches d’OVRSEA suggèrent qu’une voie médiane pourrait être retenue : reprise du trafic de l’Asie vers l’Europe, mais maintien du contournement par le Cap de Bonne Espérance pour les voyages de l’Europe vers l’Asie. La situation n’en reste pas moins suspendue à la situation géopolitique du Proche Orient. Comme le résume Lars Jensen, fondateur de Vespucci Maritime, dans publication du 20 octobre : « Aujourd’hui marque le 696e jour de la crise de la mer Rouge. Aucun nouveau développement. Les événements de la journée à Gaza montrent clairement que le cessez-le-feu reste fragile , ce qui renforce la prudence des compagnies maritimes, toujours réticentes à revenir par la mer Rouge. » Nul doute que le sujet continuera de passionner longtemps.

Vers une nouvelle carte du ciel ?

L’annonce par Donald Trump de nouveaux droits de douane à 100 % sur les importations chinoises rend tout le monde très nerveux . À l’approche de la fin de la trêve tarifaire sino-américaine, les importateurs américains se ruent sur les capacités disponibles depuis la Chine . Sans grande surprise, Flexport indique que le marché Chine–États-Unis est « sous pression » . De fait, il y a peu de places et les taux sont en forte hausse , notamment sur les produits technologiques et de e-commerce. D’autant que la Golden Week n’a pas suffi à apaiser les marchés… Pour autant, cette tension est complètement conjoncturelle. Depuis la suppression des de minimis par les États-Unis en mai, le volume d’e-commerce chinois vers l’Amérique s’est contracté et de nouvelles routes émergent . Signe des temps ? En un an, les exportations chinoises vers l’Europe ont bondi de 60 % sur un an, quand celles vers les États-Unis s’effondraient de 34 %. Cette réorientation a bénéficié à plusieurs hubs : la Belgique (Liège, Bruxelles) et surtout la Hongrie, où les plateformes logistiques connaissent une croissance « explosive » , selon Dave Dorner, PDG de Celebi Aviation. Le pays tire aussi profit de la bonne relation que Viktor Orban entretient avec les dirigeants chinois. Les flux indiens suivent le même mouvement : baisse de 4 % vers les États-Unis, hausse de 6 % vers l’Europe. Ces deux phénomènes traduisent une recomposition structurelle du commerce aérien : sous la contrainte tarifaire américaine, les opérateurs asiatiques réorganisent leurs routes. Cette croissance rapide pose de nouveaux défis aux Européens : saturation des capacités, besoins énergétiques accrus, et, surtout, ajustement d’infrastructures conçues pour des volumes bien inférieurs . Le fret aérien pourrait désormais être dominé par une logique polycentrique . La centralité du corridor sino-américain s’effrite au profit d’un maillage mondial plus complexe, où plusieurs zones (Europe, Asie du Sud, Amérique latine) s’affirment comme de nouveaux pôles d’équilibre . Nos cieux deviennent un réseau de routes croisées plutôt qu’un axe unique. Dans cette géographie logistique éclatée, la flexibilité et la capacité d’adaptation des nouveaux hubs sera désormais une donnée essentielle . Et un nouveau facteur à scruter pour les professionnels ?

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