Le Chargeur · n°250 · 26 novembre 2025
Vendredi noir ou semaine rose ?
- L'essentiel en un clin d'oeil 🚢 Des taux divergents... jusqu'à quand ?
- 🇺🇸 Choc de demande américain en perspective ?
- ✈️ Black Friday is in the air.
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19% Soit l’anticipation du pourcentage de baisse du nombre de conteneurs qui entreront aux États-Unis en novembre et décembre 2025 par rapport à la même période en 2024, selon un récent rapport de Vizion.
Le mot de la semaine
« Notre principal conseil aux clients, c’est de se préparer : disposer d’un stockage hors terminal, prévoir des capacités de stockage et d’entrepôt, afin que, le moment venu, vous sachiez comment réagir. » C’est le conseil de Michael Aldwell, Executive Vice President Sea Logistics chez Kuehne + Nagel, lors d’une table ronde sur les conséquences d’une potentielle réouverture du canal de Suez. Celle-ci pourrait provoquer une importante congestion des ports européens.
Les taux divergent et posent des questions
Le marché mondial du fret maritime conteneurisé affiche une stabilité en trompe-l’œil , qui dissimule des évolutions divergentes selon les axes commerciaux. Tandis que les taux spot sur les routes transpacifiques s’érodent – Shanghai-New York et Shanghai-Los Angeles chutant respectivement de 10 % et 7 % –, l’axe Asie-Europe s’apprécie pour la sixième semaine consécutive, avec des hausses notables vers Gênes (+6 %) et Rotterdam (+8 %). Cette divergence traduit une asymétrie entre l’offre et la demande : la surcapacité pénalise les liaisons vers les États-Unis, tandis qu’en Europe, une meilleure discipline capacitaire des compagnies soutient les prix – pour l’instant, du moins . Pour Peter Sand, analyste en chef chez Xeneta, cette fracture géographique est indissociable du contexte géopolitique unique de l’année 2025 : « Les taux spot depuis l’Extrême-Orient vers l’Europe sont en hausse malgré une offre croissante, signe d’une demande encore robuste, notamment portée par une redirection des flux chinois vers des marchés européens en raison des tensions commerciales sino-américaines. » À l’inverse, les hausses de capacité vers la côte Est américaine (+11,4 % en une semaine) et la côte Ouest (+5,4 %) dépassent largement la demande. Pour autant, les axes européens ne sont pas à l’abri d’une possible baisse des taux : le retour progressif à une activité normale sur la route du canal de Suez, qui, selon certaines sources, pourrait arriver très rapidement, pourrait affecter les taux sur les routes Asie-Europe . D’autres indicateurs structurels suggèrent que la pression baissière pourrait se maintenir : les démolitions de porte-conteneurs restent historiquement faibles – seulement 14 navires pour 9 857 EVP en 2025 –, freinées par des affrètements toujours rémunérateurs . Dans ce contexte, l’offre continue de croître, alimentée par une commande totale record de 11,25 millions d’EVP en 2025. Pour Peter Sand, cela laisse craindre « un excès durable de tonnage, surtout si les compagnies persistent à maintenir leurs flottes actives pendant les saisons creuses ». L’évolution des taux dépendra donc à court terme de la gestion de la capacité par les alliances maritimes , mais à moyen terme, il faudra sans doute engager une réflexion sur la manière dont les marchés peuvent se réguler – tout particulièrement dans les périodes de ralentissement de la demande.
Un choc de demande à venir aux États-Unis ?
Le plus long shutdown de l’histoire des États-Unis s’est terminé, mais il laisse des traces dans tous les domaines. Et la logistique ne fait pas exception . Voyez plutôt. Les données mensuelles sur l’état des stocks américains sont en suspens depuis plusieurs mois à cause du shutdown : les derniers chiffres disponibles datent de juillet… Ceci étant dit, manquer de données n’empêche pas se projeter. C’est ainsi que Lars Jensen, fondateur de Vespucci Maritime, considère que, même sans les chiffres officiels, il est néanmoins possible d’inférer qu’un déstockage massif est en cours : les importations conteneurisées vers les États-Unis se sont effondrées à l’automne 2025, et elles devraient continuer à baisser au début de l’hiver. Dans ce contexte, une chose est certaine, quand les flux entrants chutent aussi vite alors que la demande intérieure ne s’écroule pas, l’ajustement se fait presque nécessairement par une réduction des inventaires . Sur le terrain, les acteurs décrivent une stratégie de stocks volontairement serrée chez les importateurs et détaillants américains . La National Retail Federation (NRF) et Hackett Associates, dans leur Global Port Tracker constatent les effets du frontloading qui a suivi la guerre douanière du printemps 2025. Dans le même temps, des compagnies comme Hapag-Lloyd soulignent que cette phase de stocks serrés ne peut durer indéfiniment : leur direction avertit qu’un cycle de relance des importations en 2026 est probable. Il demeure néanmoins une inconnue : quand ? Cette question est d’autant plus importante que le retournement de 2026 pourrait constituer un véritable choc de demande, notamment sur l’axe transpacifique, qui entraînerait une remontée rapide des taux . Un signe que l’instabilité tarifaire pourrait continuer l’année prochaine.
Un vendredi noir… mais une semaine rose dans les airs
À l’approche du Black Friday, les taux de fret aérien connaissent une forte croissance sur les liaisons transpacifiques. Celle-ci est notamment alimentée par la forte demande de produits électroniques . Signe des temps, cette hausse est particulièrement marquée sur les axes reliant le Vietnam et la Thaïlande aux États-Unis – on y reviendra. Harsha Ranasinghe, responsable mondial de la logistique aérienne chez Kuehne + Nagel, souligne que son entreprise opère actuellement 14 vols cargo hebdomadaires entre le Vietnam et les États-Unis pour répondre à une demande tirée par les semi-conducteurs et l’électronique grand public . Pour autant, il ne faut pas s’emballer : la dynamique actuelle est caractéristique de la concentration saisonnière de la demande typique du mois de novembre. Selon DHL Global Forwarding, on n’assiste pas encore à un super peak . Les données de WorldACD confirment cette réorientation structurelle : en octobre 2025, les tonnages aériens en provenance d’Asie du Sud-Est à destination des États-Unis ont bondi de 40 % sur un an, avec des hausses spectaculaires depuis le Vietnam (+60 %), la Malaisie (+62 %) ou la Thaïlande (+37 %) . Cette croissance soudaine est indissociable d’un double phénomène : la fin de l’exemption de de minimis sur les colis chinois et à une pression tarifaire accrue sur la Chine, qui pousse les importateurs américains à privilégier des fournisseurs alternatifs . Autrement dit, les effets de la politique de Donald Trump se font sentir. Tandis que les volumes en provenance de Chine et de Hong Kong accusent un léger recul, l’essor de pays comme Taïwan, porté par la demande en puces de très haute qualité , renforce cette recomposition. Si les taux actuels restent en deçà des niveaux de l’an dernier, le Freightos Air Index souligne qu’ils atteignent leur plus haut niveau en 2025. Reste à savoir si cette hausse, portée par le Black Friday, se maintiendra jusqu’aux fêtes de fin d’année . Vu l’incertitude qui pèse sur la demande globale, rien n’est moins sûr.