Le Chargeur · n°251 · 3 décembre 2025
Privilège royal !
- L'essentiel en un clin d'oeil 🚢 Une bonne année ?
- ✈️ Une valse suisse-allemande ?
⏱️ Privilège royal
Le chiffre de la semaine
C’est le nombre de blank sailings qui ont été décidés en novembre, soit une légère baisse par rapport au mois d’octobre. Selon les premières projections de Drewry, ce chiffre devrait encore baisser en décembre.
Le mot de la semaine
« Dans les deux sens, les tarifs sont à leur niveau le plus bas de l’année, ou très proches de ce niveau. » Robert Khachatryan, CEO de Freight Right Logistics, s’exprimait à propos des taux transpacifiques le 26 novembre.
Bonne année ou drôle d’année en 2026 ?
Alors que les fins d’années sont traditionnellement marquées par une forte tension sur les capacités, le marché est paradoxalement atone cette année . Quand bien même certaines lignes seraient complètes en décembre, les taux stagnent ou reculent légèrement . Sur les axes Asie–Europe, les indices enregistrent une baisse d’environ 1 % sur une semaine . Cette dynamique s’explique par une légère hausse de la capacité offerte sur ces routes : la croissance de la demande demeure inférieure à celle de la flotte mondiale . La situation est encore plus marquée sur l’axe transpacifique, où les taux continuent de chuter. Shanghai–Los Angeles chute de 4 %, tandis que Shanghai–New York perd 6 % … Et les capacités continuent d’augmenter ! Dans cette situation, certaines compagnies multiplient les promotions tarifaires, comme Maersk, et certaines réduisent leurs prix semaine après semaine. Si des blank sailings ont été déployés pour contenir cette spirale baissière, ils peinent à compenser l’effet d’un marché encore surcapacitaire et d’une demande américaine inférieure aux niveaux de 2022 . Pour une fois en ce moment, les États-Unis et l’Europe sont alignés, puisque l’on retrouve le même phénomène des deux côtés de l’Atlantique : le creusement du déséquilibre entre l’offre de transport et les volumes réels de marchandises pèse sur les perspectives tarifaires . Pour autant, les compagnies réussissent à maintenir des taux supérieurs à ceux qui ont été observés début octobre . Peter Sand, chef analyste chez Xeneta, souligne que cela s’explique par une gestion active de leur offre . Cette apparente résilience ne doit néanmoins pas masquer une réalité plus fragile : « Le marché donne l’illusion d’une bonne fin d’année, alors que les fondamentaux restent préoccupants ». Le surinvestissement dans la capacité restera une donnée clé dans les années à venir. Elle pèse d’autant plus lourd que la demande reste erratique, ce qui rend 2026 particulièrement incertaine pour les compagnies . En ce sens, les ajustements actuels relèvent moins du retour de la demande, que d’un repositionnement tactique à l’approche des négociations contractuelles annuelles . Les taux n’en finissent pas de nous surprendre ! Et cela devrait continuer en 2026.
Tout vient à point à qui sait attendre ?
La ponctualité est la politesse des rois. Mais ils sont bien les seuls. Il y a deux semaines, A.P. Moller-Maersk annonçait envisager de faire payer un surcoût pour les bateaux qui arriveraient à l’heure . À ce propos, Arthur Barillas de Thé, CEO d’OVRSEA, commentait : « la ponctualité n’est plus considérée comme un standard inclus dans le service , mais comme une option à valeur ajoutée. C’est un basculement important pour l’ensemble du secteur. » De nouvelles données semblent confirmer cette bascule. Selon les derniers chiffres publiés par Sea-Intelligence, la fiabilité globale des horaires a reculé à 61,4 % en octobre , soit une baisse de 3,5 points en un mois, après un trimestre de stabilité relative. Alors que la situation s’améliore par rapport à octobre 2024, le tableau d’ensemble est celui d’un marché qui s’est redressé par rapport aux années de crise, mais qui demeure structurellement instable . Toutes les compagnies ne sont par ailleurs pas égales. Maersk reste la plus fiable parmi les principaux armateurs avec 74,1 % de fiabilité, devant Hapag-Lloyd (69,6 %) et MSC (65,9 %) . Les nouvelles alliances semblent du reste renforcer ces écarts : en septembre-octobre 2025, la Gemini Cooperation, qui regroupe notamment Maersk et Hapag-Lloyd, atteint près de 89 % de fiabilité sur l’ensemble des escales . Dans ces conditions, comment s’étonner qu’ils envisagent de faire payer cette fiabilité ? D’autres dessinent un marché à plusieurs vitesses. Ce sont ceux que proposent le cabinet eeSea dans son Schedule Reliability Scorecard paru le 24 novembre. Ils insistent sur le fait que la fiabilité globale s’est effondrée depuis le début de la crise en mer Rouge en novembre 2023 . Les écarts sectoriels restent marqués : près de 48 % d’arrivées à l’heure sur la côte Est de l’Amérique du Sud , 46 % sur la route Europe–Amérique du Nord , mais à peine 24 % sur l’axe Asie–Europe , très fragilisé par la forte congestion des ports européens. Une chose est sûre, quelle que soit la route, la ponctualité est désormais un luxe… royal ?
Suisse-Allemagne is in the air
Lufthansa Cargo et Swiss WorldCargo , deux piliers du fret au sein du groupe Lufthansa, annoncent un rapprochement stratégique visant à intensifier leurs synergies commerciales et opérationnelles . Si leurs marques restent distinctes, les compagnies prévoient l’harmonisation des services, des flux d’expédition et des procédures . Ce rapprochement sera facilité par une plateforme informatique commune. À travers cette intégration progressive, les deux entités entendent adopter une approche unifiée du marché . En dernière instance, il s’agit d’améliorer l’expérience client, pour augmenter l’attractivité du groupe Lufthansa : Swiss WorldCargo étant spécialisée dans le transport de marchandises sensibles et urgentes via la soute d’avion, et Lufthansa Cargo dans l’optimisation de la capacité globale avec des solutions numériques innovantes, les deux compagnies mettent en avant leur complémentarité dans un marché du fret aérien en pleine mutation . Les dirigeants des deux compagnies affirment ainsi que ce partenariat contribuera à façonner l’avenir du fret aérien premium à l’avantage du groupe allemand. Ce rapprochement marque une nouvelle étape dans la stratégie du groupe Lufthansa, qui renforce l’interopérabilité de ses divisions . Dans le cas de ce rapprochement, les clients bénéficieront d’un portefeuille de plus de 130 destinations qui devrait permettre de préciser la réponse du groupe. Cette alliance fait également écho à l’entrée récente de Swiss WorldCargo dans l’alliance transatlantique de Lufthansa Cargo et United Cargo, consolidant davantage les connexions directes entre l’Europe et l’Amérique du Nord .