Le Chargeur · n°252 · 10 décembre 2025
Le braquage maritime de l’année
- L'essentiel en un clin d'oeil 🚢 Les taux frémissent.
- 🇺🇸 Attention aux braqueurs !
- ✈️ Dans ma Zim Zim Zen ?
Le chiffre de la semaine
325,000,000$ Aux États-Unis, c’est la valeur des marchandises déclarées volées lors de vols de cargaison pendant les trois premiers trimestres de 2025, selon CargoNet.
Le mot de la semaine
« Pour Suez, je ne suis vraiment pas convaincu qu’on le verra pleinement rouvert au trafic vers l’ouest l’année prochaine – en tout cas pas avant le quatrième trimestre. » Les propos du représentant d’une compagnie maritime tels qu’ils ont été rapportés par le Loadstar le 4 décembre. Les perspectives de réouverture apparaissent compliquées notamment par la frilosité des assureurs.
Un léger frémissement des taux. Pour combien de temps ?
La fin de l’année se fait sentir sur la route Asie–Europe : la demande repart nettement à la hausse. Le World Container Index a bondi de 10 % en une semaine . Alors que les navires sont très chargés jusqu’à la fin du mois de décembre, le nombre de blank sailings se réduit . En Méditerranée, ce phénomène est encore plus marqué : l es taux spot y ont augmenté de 13% la semaine dernière . À l’inverse, sur l’axe transpacifique, les taux restaient plombés par une surcapacité persistante , ce qui a poussé les compagnies à décider des augmentations générales de tarifs (GRI). Pour autant, si les tarifs vers la côte ouest ont enregistré un rebond de 7 % sur la dernière semaine, ils restent encore inférieurs de 32 % à leur niveau d’il y a un mois . La côte est américaine présente une tendance similaire avec un léger redressement hebdomadaire (+8 %), mais une baisse mensuelle de 21 % . Enfin, l’axe transatlantique connaît une relative stabilité tarifaire . Les capacités disponibles sur cette route ont augmenté de 22 % en un mois. Quand bien même les grèves récentes dans des ports aussi importants qu’Anvers et Rotterdam auraient conduit à l’instauration de surtaxes opérationnelles (+150 USD/EVP), l’offre y reste supérieure à la demande . Pour tenter de contenir une éventuelle baisse des prix, plusieurs compagnies mettent en œuvre des blank sailings et annoncent des GRI ou des Peak Season Surcharges (PSS). Ces efforts sont néanmoins contenus par les contrats annuels (NAC) qui protègent certains clients de ces hausses. Bref, dans un marché de plus en plus fragmenté, les compagnies jonglent entre surchauffe locale et ralentissement global, en espérant que le Nouvel An chinois ravive une demande encore incertaine .
Vols de fret : une menace croissante
C’est l’une des nouvelles qui est passée sous les radars cette année : les vols de cargaison connaissent une explosion préoccupante des deux côtés de l’Atlantique . Cette tendance est alimentée par des réseaux criminels sophistiqués. Aux États-Unis, plus de 325 millions de dollars de marchandises ont été volées pendant les trois premiers trimestres de 2025, selon un rapport de Verisk en novembre 2025. Cette tendance a fortement augmenté depuis cinq ans. Les petites entreprises sont particulièrement vulnérables, d’autant qu’elles affrontent des circuits de revente illicite extrêmement complexes qui impliquent des transporteurs fictifs, des revendeurs tiers et des plateformes en ligne. En Californie et au Texas, les vols par fraude à l’identité, usurpation de transporteurs et déviations logistiques touchent massivement les cargaisons d’électronique. En Europe, le constat est tout aussi alarmant. En 2023, le vieux continent enregistrait une perte de 549 millions d’euros soit une hausse de 438 % en un an . S’il est difficile de trouver des chiffres consolidés pour 2024 et 2025, la situation ne s’est pas améliorée : le nombre de vols déclarés est en hausse et certains casses ont été particulièrement marquants. En juin 2025, une cargaison de quatre millions d’euros de cosmétiques a été volée en Lombardie ! Signe de leur importance économique, l’Allemagne, l’Italie, la France et le Royaume-Uni figurent parmi les pays les plus touchés par ce phénomène. Comme aux États-Unis, les délinquants ciblent particulièrement les marchandises à forte valeur ajoutée, faciles à écouler . De part et d’autre de l’Atlantique, c’est l’ensemble de la chaîne de valeur – des PME aux géants du e-commerce – qui est menacée par une criminalité logistique de plus en plus professionnalisée .
Pas de Zim Zim Zen pour Hapag-Lloyd ?
La compagnie israélienne, Zim Integrated Shipping Services, est au cœur d’une bataille de rachat à forts enjeux géopolitiques . Fin novembre, son directeur général Eli Glickman , associé à l’armateur Rami Ungar , a présenté une offre « préliminaire et non contraignante » pour acquérir l’ensemble des actions qu’ils ne détiennent pas, valorisant la société autour de 2,4 milliards de dollars . Le conseil d’administration a lancé une revue stratégique incluant une possible vente, tout en prévenant qu’« aucune transaction n’était assurée ». C’est dans ce contexte que le quotidien financier Globes a révélé l’intérêt du géant allemand Hapag-Lloyd. Ni Zim ni Hapag-Lloyd n’ont confirmé l’existence formelle d’une offre, mais l’information a suffi à faire bondir l’action d’environ 5 %. Mais cette perspective de rachat a aussitôt posé un problème de sécurité nationale : Hapag-Lloyd compte parmi ses principaux actionnaires les fonds souverains du Qatar et d’Arabie saoudite, qui détiennent ensemble environ 22 % du capital. Selon la présidente du comité des travailleurs de Zim, un contrôle indirect par ces capitaux pourrait compromettre l’approvisionnement maritime d’Israël en cas de conflit . Ceci dit, Zim est bien protégé contre une prise de contrôle étrangère. Depuis sa privatisation en 2004, l’État détient une « action spéciale » qui lui donne un droit de veto sur toute fusion ou cession . Un cadre de Zim basé aux États-Unis juge ainsi qu’un accord avec Hapag-Lloyd a « environ zéro pour cent de chances d’aboutir » et estime que « rien d’autre que le rachat par Eli [Glickman] n’est vraiment probable ». Alors que d’autres compagnies, comme MSC et Maersk, sont citées parmi les intéressés, cette information vient donc rappeler le caractère improbable d’une prise de contrôle par une autre grande compagnie .