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Le Chargeur · n°271 · 13 mai 2026

Une nouvelle défaite judiciaire pour Trump

Le chiffre de la semaine

500,000,000 € C’est le surcoût mensuel en carburant que doit payer A.P. Moller-Maersk depuis le début de la guerre contre l’Iran. Ces dépenses sont largement répercutées sur les clients de la compagnie.

Le mot de la semaine

« La fin de la crise d’Ormuz est tout sauf imminente. » Lars Jensen, fondateur de Vespucci Maritime

Un mois taux-ride à venir ?

Alors que les play-offs de la NBA battent leur plein, les taux rebondissent eux aussi. Ceci étant dit, si le phénomène se retrouve partout, il est inégal d’un corridor à l’autre. Sur l’axe Asie-Europe, les indices de référence – WCI et SCFI – n’enregistrent pour le moment que des progressions marginales , de l’ordre de 1 à 2 % sur la semaine . Pour autant, la dynamique est bien réelle : les taux d’utilisation des navires repartent à la hausse , après une période de gestion active de la capacité (notamment via les blank sailings ) qui a suivi le Nouvel An chinois. Dans ce contexte, les compagnies annoncent des hausses générales de tarifs (GRI) à compter du 15 mai . Si ces annonces restent pour l’heure hétérogènes selon les compagnies, on mesure des GRI atteignant plus de 30 % par rapport aux niveaux spot actuels sur l’Europe du Nord, et davantage encore vers la Méditerranée . Dans ce dernier cas, les hausses sont notamment liées au fait que la capacité effective devrait se contracter de d’environ 10 % en mai par rapport à avril , ce qui devrait soutenir la remontée des taux. La situation est plus tranchée sur l’axe transpacifique. Les taux spot vers la côte Ouest américaine ont progressé d’environ 5 % sur la semaine, et de 7 % vers la côte Est . Ces hausses sont alimentées par les surcharges carburant et les peak season surcharges . Elles sont indissociables de la fermeture continue du détroit d’Ormuz qui maintient les prix du combustible à un niveau élevé , ce qui amplifie la pression sur les coûts d’exploitation des compagnies. Quant à la demande, elle rebondit plus franchement qu’attendu en ce début de deuxième trimestre , les importateurs américains anticipant leurs achats dans un contexte douanier incertain – nous y reviendrons. Ce rebond des taux illustre une réalité structurelle du marché depuis deux ans : le fret conteneurisé est, de loin, l’actif le plus volatile parmi les grandes catégories de produits échangés, avec une volatilité annualisée sur deux ans dépassant 150 % . C’est le double du gaz naturel, et quatre fois celle du pétrole brut… Cette singularité des taux de fret a des conséquences très concrètes : en l’espace de quelques semaines, les taux peuvent reculer, se stabiliser, puis repartir à la hausse sous l’effet conjugué de décisions politiques, de perturbations géopolitiques ou encore de stratégies de gestion de la capacité assumée par des compagnies qui doivent naviguer dans des eaux particulièrement troubles. Dans ces conditions, une information précise et de qualité est plus que jamais nécessaire. N’est-ce pas exactement ce que Le Chargeur peut vous offrir ?

Une nouvelle défaite judiciaire pour Trump

Loin des fantasmes de toute-puissance du Président américain, les tribunaux ne réussissent décidément pas à sa politique douanière, qui a subi un nouveau revers judiciaire le 8 mai 2026 : la Cour du commerce international des États-Unis a invalidé, par deux voix contre une, le régime de droits de douane universels de 10 % instauré en urgence après l’annulation par la Cour suprême des tarifs qui avaient été décidés en 2025 à partir d’un usage abusif de l’International Emergency Economic Powers Act. Pour contourner cette première invalidation, l’administration avait invoqué la Section 122 du Trade Act de 1974 , qui autorise le président à imposer des surtaxes temporaires jusqu’à 15 % en cas de problèmes graves de balance des paiements. Malheureusement pour l’administration américaine, le tribunal a jugé que les conditions juridiques n’étaient pas réunies pour recourir à ce texte : le déficit commercial américain, avancé comme justification, constitue une notion juridiquement distincte des déséquilibres de balance des paiements visés par le texte de 1974. La proclamation présidentielle a donc été déclarée ultra vires . En français, cela signifie que le Président américain a outrepassé ses pouvoirs . Si cette décision mine un peu plus les projets douaniers de Donald Trump, sa portée immédiate reste limitée . Le tribunal a refusé de prononcer une injonction universelle et n’a accordé réparation qu’aux plaignants ayant démontré un préjudice direct : l’État de Washington et deux importateurs, Burlap & Barrel et Basic Fun. Les autres États membres de la coalition, menée par l’Oregon, ont vu leurs recours rejetés, le tribunal ayant estimé qu’ils n’étaient pas compétents pour agir. Un appel devrait également être interjeté, ce qui devrait laisser les droits en vigueur le temps de la procédure. Par ailleurs, il était de toute façon prévu que la Section 122 expire en juillet 2026 . En effet, l ‘administration entend lui substituer des tarifs fondés sur la Section 301 du Trade Act , réputée juridiquement plus solide car adossée à des procédures d’enquête formalisées. Vous l’aurez compris : nous ne sommes pas sortis des montagnes russes – pardon, américaines – douanières.

Ormuz, et le monde, dans l’impasse

Dix semaines après le déclenchement de la guerre, le détroit d’Ormuz demeure effectivement fermé au trafic commercial , tombé à environ 5 % de son niveau d’avant-guerre. Le PDG d’Aramco, Amin Nasser, a averti lundi que si la réouverture du détroit était « retardée de quelques semaines supplémentaires, la normalisation se prolongerait jusqu’en 2027 » . Même dans le cas d’une réouverture immédiate, il faudrait des mois pour que le marché se rééquilibre . Dans ce contexte, le trafic pétrolier est réduit à un filet : selon les données de Kpler et LSEG, seuls trois pétroliers auraient réussi à quitter le détroit la semaine dernière , transpondeurs éteints pour échapper aux attaques iraniennes. Sur le plan diplomatique, les négociations parrainées par le Pakistan sont dans l’impasse. La contre-proposition iranienne transmise dimanche a précipité une nouvelle escalade verbale. Téhéran réclamait notamment une compensation pour les dommages de guerre, la reconnaissance de sa souveraineté sur le détroit d’Ormuz, la fin du blocus naval américain, la garantie d’absence de nouvelles frappes, la levée des sanctions et l’abolition de l’embargo sur les ventes de pétrole iranien. Les États-Unis ont fermé la porte à toutes ces demandes… ce qui n’augure rien de bon. Dans le style fleuri qui le caractérise, Donald Trump l’a décrite comme un « truc à jeter à la poubelle » avant de déclarer que le cessez-le-feu était sous « assistance respiratoire massive » . Alors que le Président américain se rend en Chine cette semaine, les pourparlers ne devraient pas enregistrer d’avancée significative avant sa rencontre avec Xi Jinping . Leurs échanges pourraient conditionner la suite du conflit. La situation des États-Unis reste néanmoins très dégradée. Ils ne parviennent pas à terminer cette guerre alors que les inquiétudes s’accumulent quant à une possible pénurie de pétrole , qui toucherait notamment le secteur aérien. Confrontée à ses limites, la puissance américaine choisira-t-elle de faire quitte ou double ?

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