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Le Chargeur · n°283 · 2 septembre 2026

L'été du fret en dix nouvelles

📊 Un marché coupé en deux 🗞️ Les dix nouvelles clefs du mois d’août

Le chiffre de la semaine

5 300 000 $ C’est le prix record payé par une entreprise sud-coréenne, SK Gas Ltd, pour sécuriser un créneau de passage à travers le canal de Panama. Ce record historique témoigne des inquiétudes quant au tirant d’eau de ce point stratégique.

Le mot de la semaine

« Le coût d’acheminement d’une cargaison de brut par superpétrolier à travers le détroit d’Ormuz avoisine les 20 millions de dollars. » C’est ce que disait Patrick Pouyanné, PDG de Total, la semaine dernière. Cela représente un surcoût de 10 $ par baril de brut.

Un marché coupé en deux

World Container Index : taux spot par grande route Route 13 août 2026 20 août 2026 27 août 2026 Variation hebdo Variation annuelle Shanghai → Rotterdam $4,425 $4,401 $4,287 -3 % ▼ +61 % ▲ Shanghai → Gênes $5,080 $4,955 $4,866 -2 % ▼ +71 % ▲ Shanghai → Los Angeles $6,244 $6,802 $6,818 0 % ▲ +192 % ▲ Shanghai → New York $8,706 $9,507 $9,333 -2 % ▼ +184 % ▲ Rotterdam → New York $2,884 $3,039 $3,010 -1 % ▼ +54 % ▲ Source : Drewry (USD / conteneur 40’) Des vents contraires soufflent sur les taux. Le 27 août, le World Container Index (WCI) composite reculait de 1 % sur une semaine , après trois hausses consécutives dont une de 4 % la semaine précédente. Mais les moyennes peuvent être trompeuses, a fortiori quand un marché se scinde. D’un côté, les taux sur l’axe transpacifique tiennent : Shanghai-Los Angeles est resté stable après avoir gagné 9 % ; Shanghai-New York n’a cédé que 2 % après une hausse identique. De même, le 25 août dernier, le Freightos Baltic Index enregistrait toujours des progressions de 1 et 2 % vers les deux côtes américaines. De l’autre, la route Asie-Europe, elle, n’a cessé de voir ses taux s’effriter : Shanghai-Rotterdam a perdu 3 %, Shanghai-Gênes 2 %, et le FBX abandonnait 6 % sur l’Europe du Nord, et 15 % sur la Méditerranée. Pour Linerlytica, il est clair que les taux « demeurent très fermes, à la seule exception du marché Asie-Europe, où ils ont baissé pour la huitième semaine consécutive ». Cette accalmie sur le front des taux (après des mois de hausse) ne s’explique pas tant par une progression de la demande, qui reste médiocre, mais dans le retour de l’offre. Après des mois de contournement par le cap de Bonne-Espérance, MSC a formalisé le 24 août le retour de quatre services Asie-Europe par Suez , CMA CGM a confirmé le transit de plusieurs rotations, et ONE a replacé ses services MD3 et MD5 sur la Méditerranée. Judah Levine, responsable de la recherche chez Freightos, notait le 25 août que « MSC rejoignait désormais la liste des grandes compagnies envoyant des navires par le sud de la mer Rouge ». Le nombre de navires détournés par le Cap a chuté de 26 % par rapport au pic de l’année : très logiquement, chaque service rapatrié rend au marché une dizaine de jours de transit, c’est-à-dire des navires. Sauf que la friction, elle, ne cède pas. La congestion mondiale a battu son record le 25 août, immobilisant 12,6 % de la flotte avant de refluer à 11,4 % au début de cette semaine. Typhons au large de la Chine et moussons sur le sous-continent indien ajoutent à un désordre croissant. Dans ce contexte incertain, la Golden Week chinoise, qui aura lieu la première semaine d’octobre, servira de révélateur : si les taux tiennent quand la demande s’efface, c’est que la congestion, et non plus le carnet de commandes, régule le marché. Une autre route semble tendre dans cette direction : à l’export Europe-Amérique du Nord, il n’y a aucun espace disponible avant fin septembre et des surcharges décidées par toutes les compagnies. Les chargeurs qui négocient leurs contrats annuels cet automne sont forcés de constater que sur les axes qui les intéressent, les indices baissent. Au contraire de la facture… Bref, l’automne s’annonce aussi passionnant que le printemps.

Les dix nouvelles clefs du mois d’août

Calme cet été ? Bien au contraire… Entre la crise géopolitique et climatique, les tensions ont continué de s’accumuler. Voici les dix nouvelles du mois, par ordre d’importance. 1. Ormuz s’est refermé une deuxième fois. Le mémorandum américano-iranien de soixante jours a expiré le 20 août. Quatre jours plus tard, l’Iran a publié le 24 une liste noire de 46 navires « non conformes » assortie de menaces d’amende et de confiscation. Le 30, c’était au tour des États-Unis de frapper deux lanceurs iraniens sur l’île de Larak. Kpler n’a compté que cinq navires par jour dans le détroit le week-end des 29 et 30 août, contre quatorze le vendredi… Sur ce front-là, l’automne ressemblera au printemps. 2. La congestion portuaire a battu le record du Covid. Le 25 août, 4,3 millions d’EVP attendaient d’accoster dans le monde , contre 4 millions au pic de 2022. L’Asie du Nord en concentrait la moitié, après les typhons Bavi, Noul, Dolphin, Narra et Saudel, le temps d’attente moyen à Shanghai passant de 35 à 96 heures en une semaine. 3. Panama : trois records d’enchères en trois semaines. Le créneau de transit est devenu un actif spéculatif : environ 4 millions de dollars pour un créneau le 11 août ; 4,6 le 14 ; et finalement 5,3 millions payés par SK Gas dans la semaine du 25 pour un passage le 1er septembre. On est très loin de la moyenne récente qui tournait autour de 1,1 million. L’Autorité du canal réduit dans le même temps ses transits quotidiens de 36 à 34 le 3 septembre puis à 32 le 15, avec un tirant d’eau ramené à 14,48 mètres au 1er octobre … Affaire à suivre. 4. Le rachat de ZIM par Hapag-Lloyd se heurte aux régulateurs. L’opération annoncée en février à environ 4,2 milliards de dollars, et approuvée à 97,3 % par les actionnaires en mai, fait l’objet d’un examen approfondi du CADE brésilien qui peut courir jusqu’au 31 mars 2027 . En Israël, cinq des huit autorités requises s’y opposent, et l’État dispose d’une golden share lui permettant de bloquer toute cession dépassant 24 %. Il faudra encore attendre pour connaître le nombre de compagnies qui opéreront dans les mois qui viennent. 5. Maersk relève sa prévision annuelle de moitié. Signe de l’extrême volatilité du secteur logistique, le 13 août, le groupe danois a porté sa fourchette d’EBITDA sous-jacent 2026 de 8-10 à 10,5-12,5 milliards de dollars . Principal moteur de croissance, son activité Ocean passait de -192 millions au premier trimestre à +935 millions au deuxième. Le marché semble porteur. Pas sûr que ce soit une bonne nouvelle pour les contrats annuels qui se négocieront cet automne. 6. COSCO pousse le carnet mondial à un record. Trois milliards de dollars ! C’est ce que COSCO a acheté cet été. Dix-huit navires commandés le 31 août, dont douze unités de 22 000 EVP au GNL bicarburant, portent l’investissement 2026 du groupe à 48 navires et environ 8 milliards de dollars. Avec cet effort massif, le carnet mondial devrait atteindre un record de 14,84 millions d’EVP . Mais cette vague de capacité ne desserrera pas les taux de cette fin d’année puisqu’elle arrive en 2027-2029. 7. Mort de Klaus-Michael Kühne. Le patriarche de la logistique mondiale s’est éteint dans la nuit du 25 août à 89 ans, à son domicile de Schindellegi, après avoir dirigé pendant soixante ans l’entreprise fondée par son grand-père. Il détenait 55,4 % de Kuehne+Nagel - plus de 85 000 salariés dans 93 pays - ainsi que 30 % de Hapag-Lloyd, près de 20 % de Lufthansa et plus de 15 % de Brenntag. Au moment de sa disparition, la question ouverte est celle de la stabilité actionnariale de Hapag-Lloyd, en plein rachat de ZIM. 8. L’OMI remet la tarification carbone sur la table. Les négociations sur le Net-Zero Framework ont repris le 28 août. Les travaux devraient aboutir à une session extraordinaire d’adoption le 4 décembre . Le mécanisme, estimé à 10-15 milliards de dollars par an, reste contesté, notamment par Washington qui le qualifie de « taxe carbone mondiale ». Une adoption en décembre enclencherait un coût carbone maritime à partir de 2028-2029. Ceci étant dit, il serait intégré dès les appels d’offres pluriannuels de cet automne. 9. La guerre des douanes n’est pas finie. Vingt-cinq États ont saisi début août l’US Court of International Trade contre de nouveaux droits Section 301 visant soixante partenaires commerciaux, qu’ils qualifient de « prétexte » destiné à recréer les tarifs invalidés en février par la Cour suprême. Une chose est certaine : la volatilité juridique a de grandes chances de devenir un paramètre des coûts. 10. La sécheresse coupe le Rhin en deux. L’hydrologie est devenue le troisième chokepoint de l’année. En Europe, le Rhin n’a jamais été aussi bas. La jauge de Kaub est tombée le 11 août à environ 16 centimètres, les barges naviguant à 20 % de leur charge utile et le fret Rotterdam-Karlsruhe passant d’environ 45 euros la tonne fin juin à 150-155 euros fin juillet … Alors que les sécheresses se répètent en Europe, il va falloir surveiller ce paramètre comme le lait sur le feu.

Alerte cuivre !

De temps à autre, le Chargeur attire votre attention sur un signal faible à surveiller. Cette semaine, nous voulions vous parler de cuivre. En août, ce métal a frôlé les 15 000 dollars la tonne, un record . À bien y regarder, le mécanisme d’augmentation est douanier avant d’être minier, ce qui en fait un symptôme de l’instabilité contemporaine. La perspective d’une augmentation de tarifs américains (15 % en janvier 2027, 30 % en 2028) a déclenché une accumulation préventive de l’autre côté de l’Atlantique : 885 000 tonnes ont été importées au premier semestre , ce qui suggère que le record de 1,64 million de tonnes en 2025 devrait être dépassé. À un moment où la question des matières premières est rendue critique par la multiplication des tensions commerciales et géopolitiques, les États-Unis ont décidé de se positionner clairement dans la course au cuivre. Ce déplacement intéresse le fret plus qu’il n’y paraît. Le cuivre est l’intrant des réseaux électriques, des data centers, des véhicules électriques et de l’équipement de manutention portuaire : portiques, chariots élévateurs, câblage d’entrepôts automatisés. Une bascule du surplus à la tension, doublée d’un stockage stratégique américain en amont des tarifs, se répercutera dans six à douze mois sur les carnets de commandes des équipementiers , c’est-à-dire sur le coût du prochain cycle d’investissement logistique. Cela pourrait se révéler être un problème car les chargeurs et les opérateurs qui budgètent aujourd’hui une automatisation pour 2028 le font sur des prix de 2026 . Ceux-ci pourraient ne plus être d’actualité très longtemps… C’est le propre (et l’intérêt) des signaux faibles de pouvoir anticiper ce type d’évolutions. ❓ Une question sur vos flux ? On y répond dans une prochaine édition.

Sources

  • gCaptain
  • gCaptain
  • DCN
  • DCN
  • Freightos
  • Linerlytica
  • TheLoadstar
  • Splash247
  • TheLoadstar
  • TechTimes
  • gCaptain
  • gCaptain
  • gCaptain
  • gCaptain
  • gCaptain
  • Maersk
  • Container News
  • Splash247
  • Splash247
  • Splash247
  • gCaptain
  • USA Today
  • LPM
  • Splash247
  • Splash247
  • Mining.com
  • Drewry

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